01.05.2008

Les derniers des Mohicans

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Les derniers des Mohicans ? Assurément, la phrase peut soutirer un petit sourire, en coin bien sûr. En 1991, « Le dernier des Mohicans », réalisé par Michael Mann, joué par Daniel Day-Lewis, sortait dans les salles de cinéma. L’histoire raconte l’épopée d’un jeune officier anglais qui, aidé par trois Mohicans, escorte deux jeunes filles anglaises alors que la guerre fait rage entre Français et Anglais.

Ici, point de guerre fratricide. Si ce n’est peut-être la guerre, celle imaginaire, qui selon les membres du comité pour la réconciliation nationale (CRN), nécessite une … réconciliation nationale. L’histoire est moins pittoresque, c’est celle de deux personnages proche du président de la République de Madagascar Marc Ravalomanana, considéré désormais par beaucoup par deux inamovibles, les derniers des Mohicans.

Du gouvernement Jacques Sylla mis en place par Marc Ravalomanana le 18 juin 2002, seuls le général Marcel Ranjeva, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, et Haja Nirina Razafinjatovo, désormais ministre des Finances et du budget n’ont jamais quitté le navire. Des hommes de confiance ? Sans doute. Radavidson Andriamparany, qui en 2002 était ministre de l’Économie et de la planification, aurait aussi pu faire partie de ce cercle fermé, mais le président en a décidé autrement.

De ce gouvernement originel, celui de tous les combats, Ranjeva et Razafinjatovo en sont donc les survivants. Les autres ? Des destinées différentes. Il y a ceux qui sont aujourd’hui devenu ambassadeurs. L’ancien vice-premier ministre, chargé des Finances et du budget Narisoa Rajaonarivony est à Paris, Vola Dieudonné Razafindralambo anciennement ministre de la Fonction publique est à Alger et l’ex-ministre du Commerce et de la consommation Alphonse Ralison est en Allemagne.

Yvan Andriasandratriniony qui était alors ministre de l’Élevage et de l’agriculture, avait momentanément quitté le gouvernement pour ensuite y revenir, avant d’être aujourd’hui sénateur. L’homme, également président du parti présidentiel, est d’ailleurs fortement pressenti pour succéder à Rajemison Rakotomaharo à la tête du Sénat. Autre revenant, Elisé Razaka. Ministre de l’Énergie et des mines, l’homme perdit sa place, avant de la récupérer après quelques années de disettes.

D’autres ministres de la première heure, ont connu des destinées moins glorieuses. Si David Rajaon est passé par la case prison, Jean Lahiniriko et Julien Reboza ont, eux, traversé la ligne blanche pour passer du côté de l’opposition. Ainsi, l’histoire retiendra que les gouvernements se sont succédé, les ministres aussi. Les indéboulonnables pour x raison existent, même si le dire tout haut porterait malheur selon certaines croyances. Ils sont deux, et ce sont les derniers des Mohicans !
 

16.04.2008

Ce que l’histoire ne dit pas

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Ca y est. Depuis lundi, la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire internationale (FMI) ou encore l’organisation des Nation unies (Onu) ont tiré la sonnette d’alarme. La crise alimentaire qui secoue aujourd’hui 37 pays de la planète est désormais reconnue comme étant une priorité mondiale.

Au centre des émeutes qui se sont éveillées ici et là, la cherté de la vie, et des produits alimentaires en particulier. Selon une étude, le prix du riz se serait envolé de 75% en deux mois et celui du blé a grimpé de 120% au cours de l'année écoulée. Le problème serait d'autant plus aigu que la part du revenu consacrée à l'alimentation atteint jusqu'à 75% dans les pays pauvres, contre 10 à 20% dans les pays riches.

Contrairement à Haïti, où les émeutes ont causé la perte de vies humaines, contrairement aux mouvements de protestation qui ont éclaté en Egypte, au Niger, au Burkina Faso, en Indonésie ou aux Philippines, la Grande île est restée, et reste « sage ». Dieu sait pourtant combien le pouvoir d’achat est devenu faible au pays depuis quelques années.

A contrario des mouvements internationaux, le prix du riz est à la baisse à Madagascar. Il n’empêche que d’autres produits dits de première nécessité (PPN) subissent quelques hausses, surfant sur la vague de la hausse des prix du carburant. L’huile alimentaire, les pommes de terre, ou autres légumes sont aujourd’hui majorés de quelques ariary de plus.

Pas de quoi mitonner un plat certes. Il n’en demeure pas moins que cela fait désormais plusieurs années que les foyers malgaches subissent les incessantes hausses de prix des produits de première nécessité. Des hausses parfois incontrôlées. Jamais pourtant - depuis l’issue de la crise politique et économique de 2002 en tout cas – la majorité des Malgaches ne sont descendus dans les rues pour manifester leur mécontentement.

Pour beaucoup en effet, la « leçon de 2002 », et la crise économique qui en a découlé, n’est surtout pas à rééditer. L’opposition en sait quelque chose.  Par deux fois, en essayant de réunir la population sur la place du 13 mai, elle s’est heurtée à la désillusion. Faharo d’abord, s’est vu repoussé non pas par les forces de l’ordre, mais par une foule en furie, lasse des rassemblements populaires. Henri Lecacheur ensuite, a fait connaissance avec le désintéressement.

L’histoire a parlé. Les incitations à la révolte, les mouvements populaires à connotation largement politique, la population en a assez. Pour la majorité des citoyens de la Grande île, la crise de 2002 est une leçon à ne surtout pas refaire. Le pouvoir n’en est-il d’ailleurs pas conscient ? En revanche, ce que l’histoire ne dit pas, c’est jusqu’où peut aller la population pour protester contre la cherté de la vie.
 

Mahajanga tire la sonnette d'alarme

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Les jours s’égrènent et se ressemblent du côté de la ville des fleurs. Les délestages se font persistants, et cette fois, des employés de la Jiro sy rano malagasy (Jirama) subissent la foudre d’une population désespérée.

597255384.JPG Mahajanga est au bord de la rupture ! L’alerte est donnée par des habitants autant mécontent qu’excédé par une situation des plus chaotiques. Le bout du tunnel, le ministre de l’Energie Elysé Razaka l’a promis pour début mars. Depuis, les délestages n’ont pourtant pas baissé leur rythme, bien au contraire.

La direction régionale de Mahajanga s’avoue impuissante face à la situation qui prévaut. En effet, la centrale électrique locale (d’une puissance de 5200 Kw) ne couvre que près de 70% du besoin journalier de la ville des fleurs. Les groupes électrogènes qui seront amenés à  renforcer la centrale, d’une puissance chacune de 1000 Kw, ne devrait pas être opérationnel avant un petit bout de temps.

Aussi, les délestages continuent de plus belle. Les habitants de certains quartiers de Mahajanga dénoncent pourtant le « délestage tournant ». L’un d’entre eux s’indigne : « pourquoi parler de délestage tournant lorsque à Tsaramandroso, à Ambalavato ou à Mahabibo, l’électricité est régulièrement coupée entre midi et deux heures du matin, et dans d’autres quartiers privilégiés, l’électricité ne fait presque jamais défaut. Une coupure de 5 mn est l’un d’être un délestage ».

Un traitement à deux poids deux mesures qu’une partie de la population semble très mal digéré. La semaine passée, un tract avait appelé à se masser devant le siège de la Jirama, sans avoir convaincu des partisans.

Durant le week-end, la situation est pourtant montée d’un cran à Mahajanga. Dans plusieurs quartiers de la ville des fleurs, l’électricité manquait à l’appel le vendredi 11 avril de 22 heures à 14 heures le lendemain. Le même jour, c’est entre midi et 2 heures du matin que le délestage faisait rage.

Samedi, point de courant entre 17 heures à 5 heures 30 le lendemain, et de midi à 2 heures du matin, dimanche. Autant dire que le temps pour profiter de l’électricité est fortement limitée, ce qui n’est pas sans provoquer la colère de la population après de multiples promesses, pourtant dénuées d’action, quant à la fin des délestages.

1681464840.JPG Aussi, à l’issue du week-end catastrophique, des employés de la Jirama se sont plaint de recevoir des menaces anonymes. Selon eux : « les gens pensent que tout est de notre faute, du coup ils menacent de brûler nos effets personnels tout comme les matériels des bâtiments de la Jirama ». Certains d’entre eux auraient même déjà déménagé leurs effets personnels ailleurs, par précaution.

A Mahajanga, des centaines de petits commerces ont perdu plus de la moitié de leur clientèle pour cause délestage. Lorsque l’on est poissonnier, difficile de garder les poissons au frais quand le congélateur n’est alimenté en électricité que de façon sporadique. Encore heureux que certaines entreprises ou établissements hôteliers bénéficient de groupe électrogène. Sans compter que la hausse des prix du carburant plombe quelque peu les budgets de ceux qui en ont.  

A l’allure où vont les choses, ce sont plus d’une centaine d’emplois qui risquent de disparaître, des entreprises sont sous la menace d’un dépôt de bilan. Pire, la population se dit « mortifiée » ! La direction locale de la Jirama se dit elle-même dépassée ! Du côté de la maison mère de la Jirama à Antananarivo, le silence est d’or. D’autant plus que dans la capitale, à un degrés moindre cependant, les délestages ne font pas non plus partie du passé.

Mahajanga, la ville des fleurs, tire la sonnette d’alarme. C’est bien une ville entière qui est en détresse, et c’est bien mauvaise presse pour une région qui vit en grande partie du tourisme.
 

04.04.2008

Boucler la boucle

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Non, ce n’est pas le début de la fin. Plutôt, à deux choses près, la bataille finale. Une bataille entamée fin 2006, lors des élections présidentielles. En briguant un second mandat à la tête de la magistrature suprême, Marc Ravalomanana voyait déjà loin. Une vision à long terme qui, soit dit en passant, est détaillée sous toutes ses coutures dans les pages du fameux plan d’action pour Madagascar. Le Madagascar action plan (Map) dans la langue de Shakespeare, une langue chère à l’administration actuelle.

La vision silencieuse, celle qui ne se dit pas tout haut, est l’ambition d’une stabilité sans égale sur l’échiquier politique de la Grande île. Une ambition non utopique, dont la réalisation devait passer par une majorité pratiquement absolue dans toutes les institutions de l’actuelle administration. Mission accomplie ? Non, du moins, pas encore. Quoique. Il reste désormais un dernier défi pour le parti présidentiel, le Tiako i Madagascar (Tim), être majoritaire au sein du Sénat. Il y est presque.

Dès le début de la bataille, l’affaire semblait d’ailleurs déjà pesée. Sans adversaire de poids - sans vouloir abuser de jeu de mot inutile, que personne ne s’offusque donc – Marc Ravalomanana a remporté haut la main la présidentielle de 2006, dès le premier tour. De cette élection, l’on ne peut oublier la pathétique débâcle des grands noms de l’opposition, ignorée par le pouvoir, chuchotée par les intellectuels, et moquée par une grande partie de la population. Il n’en demeure pas moins qu’un ancien de la maison, Lahiniriko Jean, avait failli créer la sensation en se hissant à la seconde place.

Une fois le fauteuil présidentiel acquis, la machine électorale s’est de suite mise en route, à la manière d’un train à grande vitesse, sans jeu de mot grossier bien sûr. A l’horizon, rien ni personne ne peut freiner le train en marche. Le référendum, d’abord, fut la première victoire post électorale de l’administration Ravalomanana. Le Tiako i Madagasikara s’est ensuite emparé de l’Assemblée nationale, sans oublier que les maires et les conseillers régionaux sont à majorité Tim. Sans parler bien sûr des ministres du gouvernement, lesquels font même partie des grands manitous du Tiako i Madagasikara.

Avec toutes ces institutions en poche, il ne reste plus désormais au parti présidentiel que d’investir le Sénat. Parti comme c’est, l’élection du 20 avril ne sera qu’une formalité de plus. Si Marc Ravalomanana désignera 11 sénateurs, 22 autres seront élus par les grands électeurs. Toutefois, sur les 1693 électeurs, 1137 soit 67% d’entre eux sont étiquetés Tiako i Madagasikara. Autant dire qu’avant même les élections, le Tim part déjà avec une avance plus que confortable pour s’attribuer la majorité au Sénat. Et sans doute que la campagne électorale qui débute ce jour, n’y changera rien.

Ainsi, à l’issue du scrutin du 20 avril, le Tiako i Madagasikara sera seul maître à bord. Et ce ne sera certainement pas volé, tant la concurrence a parfois rivalisé de ridicule. Lorsque l’opposition connaît des difficultés hilarantes à accorder leurs cordes, forcément …  Si Benjamin Disraeli se plaisait à dire : « nul gouvernement ne peut être longtemps solide sans une redoutable opposition », le Tim se contentera certainement de glisser après le 20 avril qu’il aura : « boucler la boucle ! ».
 

24.03.2008

Et la caravane passe ...

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

(Paru le 17 mars 2008) 

 

Rien d’officiel jusqu’ici, mais il semblerait que – comme prévu – le parti présidentiel Tiako i Madagasikara (Tim) s’est taillé la part du lion lors des élections des conseillers régionaux d’hier. Comme quoi, il y a du bon dans le fait de concourir avec une liste unique, comme c’est le cas du Tim dans plusieurs circonscriptions non négligeables, à l’instar de la capitale.
 
Inutile d’ailleurs de rappeler qu’avant même l’ouverture des bureaux de vote éparpillés dans toutes les circonscriptions de la Grande île, le parti présidentiel partait avec une avance colossale de 80 sièges sur les 147 à pourvoir. 67 sièges sont donc toujours en jeu, mais la prédominance de la liste Tim dans ces circonscriptions restantes semble ne souffrir d’aucune critique. La concurrence, loin d’être de taille, ne semble pas faire le poids.
 
Il y a aussi certaines « pistes » plus ou moins sérieuses, où l’hégémonie du Tim est quelque peu remise en question. Dans les régions de la Sofia et d’Analanjirofo, les ténors du Fanjava Velogno et du Mananara Fanilo semblent tenir la corde. Obtenir deux à cinq sièges ne serait pas une utopie pour ses associations, dans des circonscriptions palpablement acquises à leur cause.
 
Bref, le bulldozer Tiako i Madagasikara met les gaz, et ce n’est pas la petite 2CV obsolète de l’opposition qui est en mesure de l’arrêter dans sa course effrénée. Une opposition qui, depuis maintenant trois élections, a opté pour la facilité, le boycott. Que faire n’est-ce pas, lorsque la population décide de ne vous donner aucun crédit … Tant pis ! Une opposition de paille n’est de toute façon pas utile.
 
Aussi, l’adversaire le plus craint par le parti présidentiel était – à juste mesure – l’abstention. Et comme au référendum ainsi qu’aux législatives, le grand gagnant des élections des conseillers régionaux d’hier serait une fois de plus … l’abstention ! Dans la capitale en tout cas. Selon en effet les premiers résultats partiels, le taux de participation à Antananarivo ne dépasserait pas les 30%.
 
Une tare vu les moyens entrepris par le Tiako i Madagasikara pour inciter la population à aller voter. Dans cette sombre désillusion, la déclaration du député Tim Benjamin Ramamonjisoa au début des campagnes électorales qui disait viser un taux de participation de 80%, sonne comme un écho désopilant, sans vouloir se moquer de quiconque, bien évidemment. Après les législatives et les municipales, le Tim rafle en effet une élection de plus.
 
Et le taux de participation n’y changera rien. A l’instar du référendum et des législatives, c’est une majorité minoritaire qui l’emporte. Et que dire des élections à Antananarivo, où le Tim gagne avec un taux de participation en dessous des 30%, sans compter que sur les suffrages exprimés, un sur deux est un vote blanc ! Est-ce l’expression d’un ras le bol ? Chut, silence. On nous l’a déjà dit, c’est le développement du pays qui est important, et non la voix du ... Qu’importe comment donc, une fois de plus, la caravane « Tim » est passée.

10.02.2008

Pensée matinale !

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

En se levant le matin, après une bonne nuit de sommeil, nombreuses questions se bousculent souvent dans nos têtes. Certes, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est donc sans doute le meilleur moment pour refaire le monde chez soi, en silence. Car une fois le pallier de la maison du bonheur franchi, le quotidien se remet inéluctablement en route et nos pensées sont vite happées par la dure journée qui nous attend.

De ce petit instant matinal où l’on se sent beau, fort, intelligent, maître du monde, il y a ceux qui arrivent à en mitonner la recette de la réussite, de l’ambition. Oui, ces petites pensées, ces petites idées germant à jeun, certains arrivent à en faire un objectif, mieux, à les réaliser. Pour d’autres, les questions restent sans réponses, comme un long songe sans fin.

De ces matins, plus d’un se sont déjà certainement la question des délocalisations … Oui, ces pays richissimes au produit intérieur brut (PIB) en or, dont les plus grandes enseignes industrielles choisissent pourtant de produire hors de leur frontière. Les plus grands noms de l’industrie automobile, du textile, ou encore de l’industrie de l’électronique ont opté pour l’installation de bon nombre de leur usine en Asie, en Afrique, mais aussi en Amérique Latine.

Cela s’appelle la mondialisation, dit-on. Autrement dit, les entreprises nationales sont mises en concurrence directe avec les entreprises étrangères. Ce qui entraîne la plupart du temps des restructurations dévastatrices pour l'emploi. La réponse à ces délocalisations, les éminences industrielles et autres économistes de tous pays, pauvres ou riches, la connaissent. Contrairement à monsieur tout le monde qui ne peut que se poser une multitude de questions.

Alphonse Allais, écrivain français, immortalisait dans l’un de ses livres en son temps : « Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres. » Et plus on y pense … Non ! Ne comptez pas sur « Les Nouvelles » pour formuler une conclusion hâtive, notre tâche n’a jamais été de juger autrui. Du moins, sans motivation appuyée par une ribambelle de preuves infaillibles. Mais bon, passons !

Madagascar, à l’exception de quelques investisseurs de l’Océan indien, et des investisseurs miniers – canadiens notamment - , ne connaît pas encore l’euphorie sociale et économique engendrée par l’installation de grandes firmes multinationales. La faute à un environnement économique et juridique hostile aux investissements étrangers ? Peut-être que oui, peut-être que non. L’avenir nous le dira. Mais que la question n’offusque personne, car oui, « Les Nouvelles » a aussi droit à ses petites pensées matinale …
 

08.02.2008

Le cimetière des éléphants

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

L’écrivain Henri Monfreid et le chanteur Eddy Mitchell l’ont popularisé : la dernière demeure des éléphants sentant la mort approcher serait le cimetière des éléphants. Mythe ou réalité, seuls les pachydermes peuvent révéler le secret, bien gardé dans leur tour d’ivoire … Sans jeu de mot aucune, ce même chemin, les éléphants de la Côte d’Ivoire semblent l’avoir emprunté jeudi soir à l’occasion des demies finales de la Coupe d’Afrique des Nations 2008.

Impuissants, énervés, humiliés par des Pharaons d’Egypte au profil plutôt flatteurs et convaincants, les coéquipiers de Didier Drogba ont définitivement cédés en deuxième mi-temps, presque consentent. Sans doute qu’après le deuxième but personnel de Zaky, les Eléphants avaient déjà décidé de rejoindre un endroit où reposer en … paix, à l’abri des critiques.

Cette génération exceptionnelle là d’Eléphants, que beaucoup voyaient vainqueurs, aura perdu un énorme pari, confirmé tout le bien que l’on pensait d’eux. En Mars 2007, de passage dans la Grande île pour le compte des éliminatoires de la CAN 2008, le président de la fédération ivoirienne de football, Jacques Anouma glissait : « on a été vice champion 2006. La moindre des choses est de, soit être à nouveau vice champion, soit gagner la CAN. C’est un objectif ».

L’éclosion de la bande à Drogba en 2006 aura pourtant apporté beaucoup plus que des victoires, à défaut de titre, beaucoup plus. L’on parle bien sûr de la fierté nationale. Dans un pays en proie à une guerre sanglante, et à une économie désastreuse. Là où les diplomates internationaux ont échoués, là où les politiques ont butés, là où plus personne ne voyait une once d’espoir, le football a réussi.

Réussi, oui. Fier de son équipe, les ivoiriens du nord au sud ont déposé les armes à chaque match des Eléphants depuis la belle épopée 2006. Et pour la bande à Drogba, l’objectif est aujourd’hui tout autre : l’unité nationale. Un état d’esprit que bon nombre de pays africain - à l’instar de la Grande île – gagnerait à adopter. Inutile d’être idiot ou niais pour desceller les vertus fédératrices du football, en particulier, et du sport, en général.

Sans doute même que ces fameux vertus sont enviés par les éminences politiciennes. Il suffit qu’une équipe nationale soit sur les feux de la rampe pour que l’engouement nationaliste se forme. C’était le cas lors des Jeux des îles de l’Océan indien l’année dernière, c’est le cas à chaque sortie des Barea de Madagascar à Mahamasina. C’est nullement le cas en revanche pour les diverses campagnes électorales, où il a fallu aux candidats sortir la carte « charme » pour ameuter la foule. T-Shirt gratuit, spectacle gratuit, tous les moyens étaient bon.

Au Sénégal, en son temps, le président Abdoulaye Wade s’est personnellement investi dans le football, l’on connaît tous le résultat, une formidable épopée au mondial 2002. Même rengaine en Côte d’Ivoire, fou du ballon rond, le président ivoirien a demandé à son gouvernement de veiller aux Eléphants, même résultat, une superbe épopée au mondial 20066. Difficile du coup d’espérer une éclosion du football malgache, dans un pays où le sport se trouve être l’éternel oublié des débats politiciens et des projets de développement gouvernementaux. Normal si les Barea et le sport malgache aient élu domicile dans le cimetière des éléphants …
 

04.02.2008

La saison des vendanges

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Le mois de janvier, aussi longue soit-il, s’est consumé, sans regrets. Et si janvier était la préface d’un roman, sans doute que la suite défilerait une once plus vite, surtout que Février est de tous les mois le plus court mais aussi le plus matois. A moins bien sûr que le proverbe : « Février, le plus court des mois, est de tous le pire à la fois » ne prenne tout son sens. Gageons que non.

Mais n’est-ce pas non plus en février que les agneaux naissent plus beau ? Certes. C’est d’ailleurs le mois choisi par nombreuses Académies et organisations pour célébrer les plus méritants de l’année écoulée. Une sorte de récolte saisonnière des fruits que l’on a semé tout au long de l’année, la saison des vendanges.

Par nature, les cépages blancs mûrissent en général avant les cépages rouges. Ainsi, en  amuse bouche avant la grande cérémonie des Oscars 2008, le 24 février, récompensant les plus grands noms de la grande machine à rêve Hollywoodienne, les Golden Globes se tiennent un mois plutôt. Des trophées qui récompensent les meilleurs films, les meilleures œuvres de fiction télévisuelles et les meilleurs professionnels du cinéma et de la télévision. 

Les plus connaisseurs savent d’expérience que l’on ne peut pas faire la lessive et les vendanges tout en une fois. Les Golden Globes en savent désormais quelque chose. La grève des scénaristes hollywoodiens du dernier semestre 2007 continuant en 2008, les organisateurs ont dû annuler la cérémonie. Elle a été remplacée par une conférence de presse durant laquelle ont été nommés les vainqueurs. Triste vendange.

La Grande île, sans être un grand pays vinicole, au propre comme au figuré, s’est aussi donné le temps de faire ses vendanges. Honneur aux sportifs, pour débuter. L’une des plus anciennes émissions sportives du petit écran a tenu à consacrer samedi soir les plus méritants de l’an passé. Déjà placé sur un piédestal par les journalistes sportifs de la place, le jeune footballeur de l’équipe nationale Lalaina Nomenjanahary (Bolida) a été couronné meilleur sportif de l’année ! Le bonhomme a, de plus, du temps devant lui pour mûrir.

La même soirée, une autre station audiovisuelle a tenu à mettre les artistes sous les feux des projecteurs. Au menu, les meilleurs artistes féminins et masculins de l’année écoulée. Melky, jeune sortante d’une émission de télé réalité, touche le gros lot en s’adjugeant le titre de meilleur artistes féminine de l’année. Côté masculin, c’est Mirado qui se voit sacré ! Les vieux loups du show business local ? Transparents.

Les Golden Globes ne sont qu’un prélude aux Oscars, la cérémonie par excellence des académiciens Hollywoodiens. Le trophée Mahery est l’un, sinon le seul cérémonial récompensant les meilleurs sportifs. En revanche, si les NRJ Music Awards reste la référence des récompenses musicales en France, à l’instar des Grammy Awards aux Etats Unis, difficile d’en trouvé un de crédible au pays.

Deux cérémonies distinctes décernent les prix aux artistes méritants. Qui dit deux cérémonies implique bien sûr deux résultats. Avec donc au final, deux meilleurs artistes malgaches, ou deux meilleures révélations, la crédibilité des artistes n’en sera pas plus fringante. A moins bien sûr, que ces cérémonies soient réalisées afin de comblée une programmation béante propre au mois de février … « Qui taille sa vigne en février, n'a besoin de corbeille ni de panier ! »
 

30.12.2007

Demain sera un autre jour

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Un plafond de nuages au plus bas, un temps maussade … Inutile de gamberger plus qu’il n’en faut, on est bien fin décembre. Maussade, le temps est à saper le moral de n’importe qui, mais de toute façon, la Grande île est habituée. Car voilà maintenant des décennies que ça dure. Qu’importe donc! L’accueil de la nouvelle année, plus d’un sont prêts à le fêter à la façon Mokobé : « c’est dans la joie là qu'on va swinguer », comme il le chante dans l’un de ses nombreux tubes.

La joie, le temps de chien n’arrangeant pas les choses, n’est pas toujours facile à vivre. Car, sans vouloir verser dans un scepticisme disproportionné, pas facile pour les nombreux sans abris, nouveaux sinistrés et autres miséreux que la chance a oublié, de fêter le nouvel an avec allégresse. Pour eux, demain ressemblera à aujourd’hui, comme aujourd’hui ressemblait à hier.

d6b0b98d5fbfbe8b73567dc46f1cd6f5.gifPHOTO / Copyright : www.partage.org

Pour d’autres, faire ses adieux à 2007 tombe à point nommé. 2007, une lourde année politique qu’il faut vite oublier pour certains, qu’il faut retenir profondément graver dans nos mémoires pour d’autres. Certains, dont les multiples défaites électorales et bourdes stratégiques, ont vite fait de les rayer de la carte politique « active ».

Certains, ou l’opposition plutôt, disons les choses ouvertement, tablent sur l’année à venir pour espérer rebondir au mieux. Une nuit de sommeil porte conseil, aime-t-on à dire. Du coup, le passage d’une année à une autre pourrait apporter sans doute mieux que des recommandations. Mais là encore, le conditionnel est loin d’être une certitude. Si bien que de croire au réveil d’un fleuve endormi relèverait simplement de l’utopie.

Car la douve creusée par l’année 2007 entre l’opposition et le pouvoir en place, est aujourd’hui aussi immense que le fossé jugé insurmontable – sans vouloir ici abuser d’un amalgame biscornu et non approprié – entre les privilégiés et les nantis. D’ailleurs, c’est bien à pareil moment de l’année, où les uns s’en donnent à cœur joie, et d’autres se tapissent dans les tunnels de la capitale avec des bribes de cartons comme abri, que le relief entre riches et pauvres est le plus saisissant.

Un fossé et une nouvelle année que beaucoup ne respireront plus. Car à l’instar de l’Abbé Pierre, Jean Claude Brialy, Tôty, Zafihita, Oscar Peterson ou encore le sud africain Lucky Dube, nombreux personnages qui ont marqué le monde ( en général) et la Grande île (en particulier) ont quitté le monde des vivants. Le paysage culturel en a payé le plus lourd tribu, si bien que des plaisantins s’amusent à dire que ces nombreux artistes se sont donné un rendez-vous pour un traditionnel « after show » dans l’au-delà.

Un humour noir, sans doute tailler pour mieux faire passer la pilule du chagrin et de l’angoisse du lendemain. Car demain, nul ne sait si la galère économique que l’on vit au quotidien, mesurée par le pouvoir d’achat fébrile et les prix en perpétuelles hausses, se stabilisera enfin.

Ce soir à minuit, à la seconde où la petite aiguille de l’horloge franchira le « 12 », une nouvelle année viendra briller de mille feux, arrosée de champagne et de paillettes, le temps de quelques heures encore. Car au petit matin, le temps reprendra son cours, et pour certains de nos concitoyens, la nuit aura ressemblée à celles qui l’auront précédées. Pour eux, une pensée, de l’affection, un geste ne serait pas un luxe. En espérant que grâce à ce que nous pouvons leur apporter, demain sera pour eux, un autre jour …
 

11.12.2007

Un petit tour et puis s'en va

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

Un petit tour et puis s’en va ! Ça pourrait sans doute être le titre d’un bouquin classé bibliothèque verte – tiens, vous en souvenez-vous ? – mais ça ne l’est pas. Ça pourrait en revanche résumer le parcours de ceux et de celle qui sortiront défaits des communales du 12 décembre, comme ça l’a été pour de nombreuses autres grandes personnalités éphémères du paysage politique mondial.

Des élections présidentielles américaines de 2000, l’histoire retiendra la victoire au photo finish de Georges Walker Bush. La mémoire flanche toutefois lorsqu’il s’agit de donner un nom à son adversaire de l’époque. Al Gore, parce qu’il s’agit bien de cet ancien sénateur du Tennessee et ancien vice président sous Clinton, a pourtant failli damé le pion à Bush cette année là. Se payant même le luxe d’être majoritaire en voix, sauf que Bush était majoritaire en nombre de grands électeurs.

La joute électorale entre Al Gore et Bush avait passionné toute l’Amérique. Une passion qui n’a pas manqué de traverser les frontières. L’annonce des résultats a pourtant vite fait d’éclipser Al Gore de la vie politique. Même récit, même conclusion quatre ans plus tard. Cette fois, le duel mettait au prise le sénateur du Massachusetts John Kerry à … Georges Walker Bush. Là encore, la passion n’aura duré que le  temps d’une campagne. Éclipsé, John Kerry en est même arrivé à annoncer en janvier de cette année qu’il ne se présenterait pas aux primaires de 2008.

Populaire dans son pays dont il était Chancelier depuis 1998, Gerhard Schröder s’est lui aussi éteint sur la scène politique allemande et mondiale après sa défaite électorale en novembre 2005 face à Angela Merkel. Une défaite qui a poussé Schröder à démissionner de son mandat de député au Bundestag, et à reprendre ses activités d'avocat et de conseil. Dur de retourner dans l’anonymat politique après avoir diriger l’une des plus grande puissance européenne.

Dure aussi la défaite de Ségolène Royal lors de la présidentielle française de 2007. Porté par un engouement populaire hors du commun, le duel Sarkozy – Royal a déchaîné bien des passions. La côte de Ségolène Royal est d’ailleurs montée si haut qu’elle a fini par devenir la première femme à avoir accédé au second tour de l'élection présidentielle. Mais bien sûr, une défaite électorale étant loin d’être un cadeau, la popularité de Ségolène Royal a pris un sacré coup de moue.

A Madagascar, une défaite électorale est aussi souvent suivie d’une longue traversée du désert, ou même d’une disparition … subite. L’accès au pouvoir de Marc Ravalomanana en 2002 n’a-t-il pas poussé l’Amiral Didier Ratsiraka vers la sortie ? Une leçon a tiré, certainement, mieux vaut gagner. L’ivresse de la popularité ne dure qu’un temps, le temps d’une campagne, autant en profiter. Car au lendemain des élections, seul un candidat pourra se targuer de ne pas avoir fait « un petit tour et puis s’en va », mais dire lequel, c’est une autre histoire ...
 

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