06.09.2007

Belobaka : une ville jadis florissante, en quête de résurrection

Aujourd’hui, je vous emmène faire une petite ballade du côté de Belobaka et de ses environs. Croyez-moi, le coin vaut bien ne serait-ce qu’un petit détour …
 

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

La vie est telle, que le sucré et le salé se succèdent au quotidien. Un cocktail d’autant plus  “pimenté” lorsque le destin d’une ville se dessine à l’issue d’une “roue de la fortune”. A la pointe du développement il y a à peine un an, Belobaka souffre, appelle à l’aide ! lectricité coupée, infrastructure vétuste, la population ne demande qu’à s’épanouir.

e81e94533a334ab624d65f1d472ad3fe.jpgBelobaka est une petite ville “charmante”, confinée au beau milieu des collines du Bongolava, bercée par la pluie et le beau temps. Située à 68 kilomètres de Tsiroanomandidy, Bilobaka (pour les riverains) est une ancienne plantation de “paraky” (tabac à chiquer) qui, au fil des années, s’est reconvertie en ville bovine. Fort de 20.722 habitants pour une surface de près de 10 km2, Belobaka est dirigée par le maire, Julien Rakotonomenjanahary, appuyé par son adjointe Nirina Raminoarivony, une institutrice. Un duo de choc uni pour la meme cause, la promotion de la ville. Malgré leur détermination, le maire et son staff ne jouissent pas d’un véritable soutien auprès de la population. Succes seur de Rambeloson, décédé dans l’exercice de ses fonctions en janvier 2003, Julien Rakotonomenjanahary est jugé “passif et pas à la hauteur” par bon nombre d’administrés. “Au cours des réunions, la population n’hésite pas à lui dire ses quatre vérité !” souligne Fidy, un citoyen mécontent comme pas mal d’autres. A ces propos, l’adjudant Ravelojaona, chef du département autonome de sécurité (DAS) dénonce une malversation d’une minorité de personnes malintentionnées. “Le maire est critiqué car, contrairement à son prédécesseur, il est un campagnard. N’empêche, les diplômes ne lui font pas défaut” souligne l’adjudant. Néanmoins, Belobaka doit faire face à des problèmes beaucoup plus urgents. Ville au potentiel économique énorme, Belobaka se meurt, et ne devra son salut que par l’intermédiaire d’une aide de l’Etat.


A Belobaka, rien de nouveau !
1ab647a4ce45972072e12bfe4edadf56.jpgLe calme plat ! C’est ce que le visiteur peut ressentir en mettant les pieds à Belobaka. Souriants, mais méfiants, les habitants ne saluent pas au premier abord. Au vu des différentes installations électriques jonchant les ruelles, on serait tenté de croire que la ville est éclairée. Malheur à celui qui n’est pas équipé de lampe de poche ou muni de bougie ! Les poteaux sont bien là, mais l’électricité ne fonctionne plus depuis belle lurette. En décembre, la ville s’est vue équiper de groupe, l’alimentant en courant. Inadaptés, les fils n’ont pu supporter un voltage et se sont brisés. Plongeant du même coup la ville dans le noir. Même sort pour la seule cabine téléphonique, en panne depuis 2002 car foudroyée. Côté accès, la saison des pluies freine considérablement le mouvement des quatre voitures “taxi” reliant Tsiroanomandidy à Belobaka. Une situation qui gêne également la montée des produits de la ville (riz, maïs, …).

Le riz, une richesse locale
d781f13833b3e247c40222f777bcdcf2.jpg“De mémoire de Belobakien, le riz n’a jamais manqué à Belobaka. C’est bien la première fois qu’on fait la queue” s’insurge Fidy, un habitant. En effet, la petite communauté est à 90% composée d’agriculteurs et d’éleveurs. Seul bémol, selon les marchands de Belobaka, “les collecteurs sont venus nous annoncer l’arrivée d’un important stock de riz importé. Nous avons donc tout largué, de peur que nos productions ne soient pas vendues”. L’effet est immédiat ! La denrée se fait rare, et les prix grimpent allègrement pour atteindre les 6.000 Fmg le kilo. Du jamais vu dans la petite ville. Néanmoins, la campagne 2004 est encourageante. Ainsi, le prix du riz baisse petit à petit, et on est actuellement à 4.000 Fmg le kilo. De coutume, la campagne de riz s’étale du mois d’avril au mois d’août. 10 camions par jour circulent à Belobaka à cette occasion.


A 45 km de Belobaka : Ambondro
1ddf26d7d1074a0e6cbf187c52a656b6.jpgMalgré la distance, Ambondro (diminutif d’Ambondrona) est toujours dans la circonscription de Belobaka. Village de près de 40 habitants, perdu au milieu d’un océan de montagne, Ambondro n’est accessible qu’à pieds. Il faut patienter jusqu’à six heures de marche, avant de voir paraître au détour des collines une vingtaine de petites cases, contrastant avec un paysage vert aux mille splendeurs. Sous le soleil tapant, il faut également parcourir plusieurs kilomètres avant de pouvoir bénéficier de l’ombre d’un arbre. Seuls moyens de subsistance des villageois, l’élevage et l’agriculture. Une isolation qui n’empêche pas les petits gamins d’Ambondro d’être instruits. Un professeur a été spécialement appelé de Tsiroanomandidy pour dispenser les bases élémentaires de l’écriture aux quelque 20 élèves dans une petite salle. Pour ce faire, l’instituteur et logé par les villageois, et reçoit annuellement 12 barils de riz et une somme de 300.000 Fmg. Par ailleurs, une petite particularité d’Ambondro : zébus, cochons, chats, chiens, dindes, poules et humains vivent en parfaite symbiose.

Les “plaisirs simples” comme seules distractions
59aed640d3e79da0d1517f14653965b0.jpgPratiquement à l’écart de la “grande” civilisation, les habitants de Belobaka ne sont pas de grands fêtards ! Leur distraction, les “plaisirs simples”, la sieste, les discussions amicales, et l’alcool. Il n’en demeure pas moins que les projections vidéos font fureur auprès des jeunes et des moins jeunes. De Bruce Lee aux films malagasy, rien n’échappe aux petits clubs qui attendent “Rainizavona” de pied ferme. La population, elle, est à majorité catholique. Et c’est d’ailleurs les sœurs qui organisent fréquemment des matches de foot, à l’occasion des fêtes. Sans oublier que des joueurs de Belobaka évoluent au sein de certains clubs de première
division de Tsiroanomandidy. Dans la foulée, seuls deux artistes de renoms se sont produits dans la petite ville ces derniers temps. Jarifa en 2003, et Asco Music cette année, ont enchanté les riverains de Belobaka sur l’initiative de la gendarmerie.
 

03.09.2007

Opération Tampody, traque aux Dahalo en plein coeur du Bongolava

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 13 décembre 2004

 

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Dernier volet de mes écrits qui ont marqué mes souvenirs au sein de Les Nouvelles. Un reportage comme j'aime les faire, avec de l'action. Cinq jours, j'ai vécu au rythme d'une demie douzaine de gendarmes qui ont traqué des daholo au fin fond de la brousse. Cinq jours sans téléphones, au beau milieu de la "zone rouge", et parmi les Dahalo les plus dangereux de la Grande île, il n'y a rien de plus excitant!


Sur les traces de Kaza, en plein coeur du Bongolava

D'emblée, la sécurité est devenue un maillon essentiel de la bonne gouvernance et du développement rapide en toute sérénité. Dans la capitale, les forces de l'ordre multiplient les opérations coups de poings et les descentes nocturnes. Ailleurs, dans la brousse en particulier, ce sont les gendarmes qui retroussent leurs manches pour mettre fin aux vols de boeufs.
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66 têtes de zébus disparues! C'est le terrible constat d'Isabelle Ramananjarosoa, propriétaire des bovidés volés. Les  "dahalo" ont profité de l'absence de la veuve, et non moins mère de quatre enfants, partie rejoindre une cérémonie dans un village voisin, pour s'emparer de ses biens les plus "précieux". Le vol de zébus fait partie du lot quotidien des riverains de la région du Bongolava. D'ailleurs, Belobaka et Kiranomena sont classées "zones rouges"par les autorités. Dans cette nouvelle affaire, Kaza est pointé du doigt. L'homme a déjà été mis aux arrêts dans le passé, mais relaxé par le tribunal de Miarinarivo, faute de preuves tangibles. Depuis septembre, deux suspects du vol de zébus d'Isabelle Ramananjarosoa ont été incarcérés. Kaza, étant désigné comme principal cerveau de l'opération, est désormais l'individu le plus recherché du Bongolava. C'est ainsi que la gendarmerie a mis en place une opération spéciale dans le but d'appréhender Kaza et de récupérer les zébus disparus. A cet effet, les "gros" moyens sont mobilisés : hélicoptère, radio BLU portative, armes, et bien sûr,un détachement de 15 gendarmes, dirigé par le Commandant de Compagnie Gilbert Ralaibeza. Le dimanche 5 décembre, l'opération coups de poing "Tampody"est déclenchée!


4 fusils de chasse saisis sur 7 contrôlés

738d91ba08bc19ff97c253dcc77ee4dd.jpg En tenue de "guerre" (uniformes et sandales), les 15 éléments de la gendarmerie débarquent à Ambondro armés de AKM ParaTrooper et Kalachnikovs. Selon les renseignements reçus par la gendarmerie , c'est dans cette petite localité située à 90 kilomètres de Tsiroanomandidy que Kaza se réfugie. Les gendarmes procèdent immédiatement au bouclage du périmètre, et regroupent tous les hommes du village, mais pas de trace de Kaza. Le commandant de compagnie, Gilbert Ralaibeza passe alors à l'interrogatoire,et les "hommes"passent un à un devant le commandant. Le doute s'installe, les réponses divergent d'un villageois à un autre. Les éléments de la gendarmerie sont contraints de passer à une "sage" perquisition des cases, toujours à la recherche de Kaza qui demeure introuvable. Dans le refuge des femmes, Famoza, la femme de Kaza, est également recherchée. Solidaire,la gent féminine n'abdique pas devant les questions de Chef Nasolo, qui se font de plus en plus pressantes.  En milieu d'après-midi, les faits sont là, Kaza a pris la poudre d'escampette. Une partie des gendarmes quadrille le petit village d'une vingtaine de cases, tandis qu'une autre regroupe les bovidés des alentours. Bilan de l'opération, 7 armes contrôlées dont une saisie et 82 zébus contrôlés.  Par ailleurs, un des fusils de chasse saisi jouit d'une autorisation en bonne et du forme. Seul bémol, la signature de l'ancien président de la délégation spéciale de la province d'Antananarivo, le général Ferdinand Razakarimanana diffère d'un papier à un autre. L'arme est ainsi réquisitionnée pour fausse signature.


Alerte à Kiranomena, les "dahalo" ont encore frappé

Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. Éprouvés par des journées particulièrement épuisantes, les gendarmes profitent des petites pauses pour se refaire une petite "santé". La journée s'annonce encore plus rude, car la joyeuse troupe doit lever le camp pour poursuivre les recherches à Ankavandra kely et à Ambatobe. Au cours d'une communication radio, le Commandant de compagnie Gilbert Ralaibeza apprend que 77 bovidés ont été la cible de "dahalo" à Kiranomena. Le commandant envisage de poursuivre la mission de ce côté-là, après l'opération "Tampody". Par ailleurs, la destination d'Ankavandra kely est finalement annulée. Sur le chemin, "chef Zo"a été emporté par les eaux, mais finalement récupéré à des encablures plus bas. Une épopée qui a marqué les esprits des gendarmes, qui ont ainsi rebroussé chemin.


Trois à six heures de marche pour un ratissage à grande échelle 

f93f65558483ca391a447006f227014c.jpg Lundi, le commandant de compagnie Gilbert Ralaibeza sonne le clairon dès six heures du matin, et effectue une rapide revue des troupes. La radio BLU portative installée, les gendarmes se préparent à un ratissage à grande échelle à travers les montagnes du Bongolava. Objectif, ramener tous les zébus dans les pâturages à Ambondro. Par groupe de deux, les "petits" gendarmes arpentent les mille  et une collines du Bongolava, sous une chaleur accablante, et sur une terre hostile à la marche. Au bout d'une heure de parcours épuisant, le premier groupe trouve enfin un petit troupeau d'une dizaine d'individus. Une heure plus tard, un second troupeau est «cueilli» par le même groupe. Regroupés, ils sont acheminés vers Ambondro à un rythme de sénateur. Au final,les premiers groupes parviennent au quartier général après trois heures de marche. Les moins ardus et les moins téméraires ne répondent à l'appel qu'après six heures. A Ambondro, 129 têtes de zébus ont été contrôlées, et 56 mises en fourrière pour vice de forme. 13 bêtes de Kaza ont également été saisies, et acheminées vers Belobaka, à 45 kilomètres à pied du petit village.   Dans la nuit, un gendarme rapporte au Commandant de compagnie qu'un individu suspect a été aperçu sur une colline, non loin du village, en train de scruter le mouvement des troupes. Les soupçons se portent sur Kaza.  

 

1.200 bovidés contrôlés par semaine à Tsiroanomandidy
0079789e17f2d36355af0d293ef71fcf.jpg Si le marché des bovidés (mercredi et jeudi) a fait la renommée de Tsiroanomandidy,les vols de zébus l'ont rendu "tristement" célèbre.  "Les cas ne sont plus aussi fréquents qu'avant. On a remarqué une baisse significative des plaintes" souligne le Commandant de compagnie Gilbert Ralaibeza. En effet, la ville n'est pratiquement plus touchée par les "dahalo". En revanche, les falsifications de papiers y font fureur. Ainsi, "le marché de Tsiroanomandidy regorge de boeufs volés, jouissant de faux papiers" déplorent les gendarmes de la région. Le contrôle s'avère néanmoins rude, car en moyenne 1.200 zébus entrent en ville par semaine. Les papiers en question sont les "passeports"des bovidés. Les propriétaires doivent posséder un certificat d'origine de bovidé et un certificat de vaccination émanant du vétérinaire, pour chaque bête. Ces papiers sont également nécessaires pour pouvoir marquer l'animal au fer rouge. "On constate trop de fraudes. Il y a souvent plus de trois signatures différentes alors que le nom du signataire est le même"s'exclament les gendarmes chargés des contrôles, avant d'ajouter : "on en déduit que certains propriétaires signent eux-mêmes leur passeport, ce qui laisse planer des doutes sur l'origine des zébus". 


Kaza reste introuvable après unesemaine de recherche

e14e883b7f609c98992fda6c657b11e4.jpg Après une semaine de recherche et de ratissage, dans des conditions parfois extrêmes, les gendarmes sont devant une vérité dure à avaler, Kaza est introuvable. Néanmoins, les résultats sont plus qu'encourageants, vu les conditions de travail. 79 zébus ont été mis en fourrière,et 58 restitués à leurs propriétaires. 16 d'entre eux sont la propriété de Kaza, et cinq sont l'objet d'un litige entre les "propriétaires" et Isabelle Ramananjarosoa, toujours à la recherche de ses 66 zébus volés. Du côté du périple d'Ambatobe, treize bovidés de Rémy Rajama ont été mis en fourrière. L'homme est actuellement sous les verrous, à Miarinarivo, pour vol de boeufs. Miarinarivo étant la seule ville des alentours ayant un tribunal et une maison d'arrêt. Par ailleurs, que ce soit à Ambondro ou à Ambato, les gendarmes ont toujours été bien accueillis. La nourriture leur est gracieusement offerte par les villageois. A Ambondro, un zébu a été offert en offrande aux gendarmes. Le périple d'une semaine s'est finalement déroulé sans encombre. Toutefois, une absence est à déplorer, celle de ... Kaza!

02.09.2007

Les mille et un visages du campus de la colline du savoir

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 19 avril 2005

Détour cette fois dans mes années fac! Et oui, c'est bien sur les bancs de l'Université d'Antananarivo que j'ai fourbis mes armes. Hommage doc à cette institution, dont j'ai entrevue les mille et une visage.

 

L'université d'Antananarivo est certainement l'une des plus grandes de l'océan Indien (si ce n'est la plus grande). Située sur le plus haut sommet d'une des collines de la ville des mille, la cité d'Ambohitsaina se retrouve au beau milieu d'une agglomération de deux millions d'habitants. Fidèle à sa devise : «insensé celui qui ne fait pas mieux que son père», l'université a pris place dans le concert des universités du monde entier.
 
Avant d'arriver à ce stade, le chemin a été long. Le 11 décembre 1896, l'école de Médecine a vu le jour. Au cours de la période coloniale, des cours de licence et de capacité en droit relevant de la faculté de Droit d'Aix-Marseille se sont organisés à Ambohitsaina. L'ouverture de l'institut des hautes études et de l'école supérieure des Lettres s'en suivirent ensuite.
 
L'avènement de l'indépendance voit la fusion des établissements d'enseignement supérieur pour former l'université de Madagascar appelée : «fondation de l'enseignement supérieur Charles de Gaulle». En 1977, les six centres universitaires régionaux (CUR) voient le jour, et deviennent finalement des universités autonomes en 1988. L'appellation université de Madagascar cède alors la place à «Université d'Antananarivo».
 
A l'heure actuelle, beaucoup reste à faire pour consolider la place de l'université d'Antananarivo dans la région sud ouest de l'océan Indien, au sein du continent africain et dans le concert des nations. Les sept facultés et établissements du campus sont en tout cas prête à relever un défi commun : «chercher l'excellence et le label de la qualité».
 

Tradition sportive de longue date

Jeunesse rime souvent avec sport, et ce ne sont pas les «villageois» d'Ambohitsaina qui le contrediront. Si les étudiants inscrits au campus sont tenus à exercer au moins une discipline pour le compte d'une année universitaire, nombreux sont les étrangers qui se rendent à Ankatso (le week-end) pour bénéficier des installations sportives de l'université.

Les sportifs du dimanche sont nombreux, et la pétanque est de loin la plus prisée de tous. Bon nombre de ces anonymes de la boule pourraient d'ailleurs constituer, plus tard, la future équipe nationale championne du monde de pétanque ! Des champions, le centre de formation de tennis en a fabriqué en nombre non limité.
 
D'autre part, le gymnase couvert d'Ankatso, bien que vétuste, continue d'abriter les plus grandes rencontres sportives de la capitale. Les différentes saisons de sport U, elles aussi, se perpétuent et permettent aux étudiants de tous bords de se rencontrer en toute ... sportivité.
 

Le vif du jaune allié à l'espoir du vertf1d70b6af35416b9ac46338f76915207.jpg
La jeunesse, la lumière et la joie de vivre : c'est ce que l'on associe à la couleur jaune dans le langage des fleurs. Et l'allée ornée d'un de ces arbustes au feuillage d'un vert printanier et aux fleurs jaunes (sur la photo), située en contrebas de la «buvette des lettres» et menant au QG des scientifiques, ne se rate pas car de circonstance.
 
Saisissante, cette magie des couleurs est à l'image de l'état d'esprit des locataires d'Ambohitsaina. De jeunes fougueux et ardents, en quête de savoir et de réussite, qui veulent prendre leur revanche sur leurs aînés.
 
Farouches défenseurs de l'enseignement public, ces jeunes ne manquent pas une occasion de se mesurer aux sortants des instituts privés, soi-disant mieux prédestinés au marché du travail. Une idée qui reste à prouver ou à ranger dans les vestiaires.
 

Tout atout ... contré !
A l'université d'Ambohitsaina, tout s'apprend et se réapprend. Avec ou sans atout, la belote n'en finit pas de faire des adeptes. Les étudiants font, en général, leurs armes au collège apprenant - mieux que leurs leçons - les combinaisons des cœurs, des piques, des carreaux et des trèfles. Au plus fort de leur passion pour le jeu, ils débarquent donc à Ankatso avec l'âme d'un conquérant. Objectif, détrôner les anciens.
 
Les sommes mises en jeu sont parfois astronomiques. Certains dépensent, sans le moindre état d'âme, l'équivalent de 50.000 Ar en une journée. Une manne pour l'équipe adverse bien sûr, mais qu'en est-il des perdants ? Bien sûr, dans la plupart des cas, ce sont les - malheureux - parents qui payent les pots cassés. Comme toujours. Encore heureux que les étudiants sont boursiers !
 

Des poissons parmi les locataires d'Ambohitsaina

Contraste voulu ou ironie du sort ? Un aquarium est niché insolemment en plein cœur d'Ambohitsaina. En contrebas de l'esplanade, celui-ci détonne avec le décor géométrique et formaliste de l'Université.

Ainsi, un vulgaire espace rectangulaire fut aménagé en aquarium, devenu le sanctuaire d'une trentaine de poissons tombés d'on ne sait où mais qui semblent trouver leur bonheur dans ces eaux saumâtres d'une trentaine de centimètres de profondeur.
 
Et par quelque hasard, il se trouve que personne n'a jamais cherché à s'en débarrasser quoique l'idée n'en sera pas difficile à réaliser. Le spectacle semble au contraire réjouir les locataires d'Ambohitsaina. L'on se demande néanmoins qui a eu cette idée qui finalement n'est pas aussi folle que ça.
 

Des rochers en voie «d'extinction»
Entre huit et douze, des explosions de dynamites retentissent souvent, accablant le ciel d'Ambohitsaina de sons autant désagréables qu'insupportables. En suivant les traces sonores, on parvient dans une zone «oubliée», en bas de l'école supérieure des sciences agronomiques. Les coupables de ces explosions ? Des étudiants chercheurs s'acharnant sur des rochers, essayant d'en extirper les tripes afin d'en percer le secret. Les résultats sont peut-être concluants ou pas, mais les rochers sont, eux, en voie de disparition ...
 

Cupidon n'est jamais loin
Les anciens de l'université d'Ambohitsaina en sont conscients, on a 80% de chance de trouver sa moitié dans les travées des facultés. Les années facs sont en fait les années des expériences. Il y a ceux qui s'essayent à la drogue, ceux qui se perdent consciemment dans l'alcool et bien sûr ceux qui multiplient les flirts. Et puis arrive un beau jour où l'être aimé se trouve être celui qui est à nos côtés. Oublié les petites sorties intimistes sous les bois d'Ambohitsaina, les virées extrascolaires, place désormais au sérieux : l'amour avec un grand A. Avec l'aide d'un Cupidon omniprésent, plus d'un couple se sont formés sur les hauteurs d'Ambohitsaina, et tous se souviendront à jamais de «ces années facs» !
 

La plus grande concentration de taxis-be de la capitale

Vêtus de blanc, de gris et de bleu, les minibus n'en finissent pas d'aller et venir entre l'axe Ambohitsaina- Antanimena, Ambohitsaina-Tsimbazaza, et Ambohitsaina-67ha. L'arrêt des taxis-be est devenu un centre névralgique du campus, dans ce sens où de lui dépend le transport quotidien de plus de 19.000 personnes. En heures creuses, on recense une quarantaine de véhicules parqués aux abords de l'aire de stationnement. Blasés par l'habitude, les étudiants empruntent les taxis-be sans jeter un seul coup d'œil aux quelques -spécimens - taxis attendant un bon samaritain de client. Le ciel n'est toujours, cependant, pas bleu. La population universitaire s'en rappelle souvent à ses dépens lorsque des grévistes farfelus refusent l'accès aux taxis-be. Seule solution dans ces conditions, emprunter la ligne 11.

 

Qui l'aime s'y trempe !
Qui disait que les étudiants d'Ambohitsaina ne se mouillaient pas assez dans leurs études ? Sûrement pas une personne qui a vécu au moins une année universitaire. Quoi qu'il en soit, à défaut de se mouiller dans les études, ils se trempent volontiers dans l'unique lac de la faculté. Situé en bas de l'école supérieure des sciences agronomiques, le lac fait office de plage. On s'y baigne, on y lave son linge, mais on y pêche aussi.
 

La parole à une étudiante : «N'a jamais vécu celui qui n'a pas eu ses années fac»

Le baccalauréat en poche, je me sentais libérée d'un coup d'un énorme poids. Et j'ai goûté à l'Université à mes premiers instants de liberté : celle d'apprendre et de vivre à mon propre rythme.
 
J'étais propulsée dans un monde bizarre (d'adultes !). Le fait de me voir allouer régulièrement une «bourse d'études» m'avait toujours surprise. D'ailleurs, à chaque fois, je ne savais pas trop quoi en faire.
 
Et chose curieuse, les profs ne se donnaient pas la peine de nous connaître, tellement nous étions nombreux à remplir une cathédrale. Avec ou sans moi, les cours se faisaient, l'assiduité procédait, nous avait-on râbaché, de l'autodiscipline.
 
Tout était prétexte à sécher les cours. Pour les cours que j'avais ratés, je ne me gênais pas à réunir et photocopier le cahier de trois à quatre de mes amis de manière à avoir le maximum de notes possible.
 
En revanche, il fallait absolument me consacrer pendant la quinzaine qui précédait les jours d'examen à réviser. Ma fameuse ligne droite. Les jours ne suffisaient pas. J'en ai passé des nuits à veiller, pieds nus dans une cuvette d'eau froide, pour me tenir éveillée. Recette de grand-mère.
 
Et puis vinrent les jours d'examen. L'estomac qui se nouait, l'adrénaline qui montait, une boule au ventre, le stress était à son comble à l'entrée de la salle d'examen, le silence de cathédrale se mêlant en plus au froid d'hiver.

Ankadifotsy, le quartier de l'ancienne bourgeoisie n'a rien perdu de sa renommée

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 17 octobre 2004

Ankadifotsy, quel beau quartier. J'y habite seulement depuis quelques mois, mais croyez-moi, il fait bon y vivre. On y manquerait presque de rien. Un petit saut dans un bus, et on est à quelques minutes près du centre ville, de la clinique, des grandes surfaces. Sans parler de l'omniprésence des petits commercants à chaque coin de rue. Puis quand vient la nuit, c'est l'odeur des grillades qui s'invitent à vous. Que du bonheur.

 

Terre de légende, lieu de villégiature
Carrefour débouchant sur Manjakaray, Analakely, Ambondrona, Antanimena et Ankorondrano, Ankadifotsy n'est plus ni moins qu'un village dans la ville. Tout est à portée de main. Bâti sur un ancien cimetière dans le milieu des années 1950, l'un des châteaux de la capitale, abreuvant les Tananariviens en eau potable, y est également implanté.

A propos de l'appellation Ankadifotsy, plusieurs thèses vont bon train. Jadis, dit-on, la terre était tout simplement blanche dans ce quartier. Du temps de la royauté, en revanche, des anciens avancent que la région était un cimetière qui, par le biais des rayons de la lune, devenait fluorescent. Et c'est un quartier blanchâtre que le souverain apercevait du haut de son palais de Manjakamiadana.

La thèse la plus vraisemblable néanmoins, est celle qui affirme que le quartier était à l'époque de la royauté habité par la haute bourgeoisie non gouvernante. La famille Raharo en faisait partie. De ce fait, les habitants étaient tous d'un teint blanchâtre. Et c'est ainsi que naquit Ankadifotsy.

Il ne faut pas non plus oublier qu'un grand de ce pays repose désormais dans le quartier d'Ankadifotsy. Exécuté sur ordre de Galliéni le 15 octobre 1896, le ministre Rainandriamampandry était un intellectuel protestant. L'homme était accusé d'avoir été, avec le prince Ratsimamanga, à la tête de l'insurrection des Menalamba à l'époque.

 
… Enfants de la nuit !
La nuit, normalement, est réservée au repos du guerrier. Eprouvé par la journée, et pour son salut, tout un chacun devrait passer inéluctablement une nuit de sommeil, censée être bienfaisante.

En revanche, c’est la nuit qu’Ankadifotsy se réveille. Il faut se lever à une heure du matin pour voir les laveurs de voitures du quartier s’adonner à leur travail. Un moyen comme un autre de gagner sa vie

Armés d’un chiffon et d’un seau d’eau, ces hommes bravent le froid pour astiquer, essuyer et dorer les vingtaines de voitures agglutinées dans les rues Docteur Rajaonah et Rakoto De Monplaisir.

Autres activités nocturnes, les brochettes et snack-parties ! On recense une dizaine de ces petits commerces, ouverts sept jours sur sept. En moyenne, plus de vingt kilos de viandes sont liquidés chaque soir !

La nuit, pour bien finir la soirée, rien de mieux qu’une petite virée à l’ex- Macumba et danser jusqu’au bout de la nuit. De toute façon, si problème il y a, la clinique des sœurs franciscaines d’Ankadifotsy n’est qu’à quelques pas de là!

 
Rajery, prince de la valiha, pur produit du quartier
5cc585938d163eeaa47ac8cdcb90ccfe.jpg Fils de paysan, Rajery (sur la photo) a perdu les doigts de sa main droite à l’âge de onze mois et l’avenir semblait s’assombrir devant lui. C’est sans compter sur une foi immense et une passion quasi inconditionnelle pour la musique.

De son vrai nom Germain Randrianarisoa, Rajery a grandi dans les travées d’Ankadifotsy et s’est très vite attaché à la valiha, symbole musical et instrument traditionnel le plus utilisé dans la musique populaire de la Grande île.

Ingénieux et volontaire, notre homme a su inventer un style qui lui est propre. En 2002, il décroche le prix découverte RFI, et à son actif figurent déjà trois opus : «Dorotanety», «Fanamby» et «Volontany». Mieux, Rajery possède une école de valiha à … Ankadifotsy !

 
Le ballon ovale, une affaire de … famille
83 années d’existence, et des titres à la pelle, l’Union sportive Ankadifotsy (USA) possède un palmarès exceptionnel ! À l’époque, le millésime du rugby national s’appelait Ambondrona, Isotry, Ambanidia ou encore Andravoahangy. Des cadors qui ont depuis disparu et laissé place aux Tam Anosibe, 3FB et autres FT Manjakaray.

L’US Ankadifotsy, auparavant, a presque tout gagné à l’exception du titre suprême de champion de Madagascar. Chose rectifiée cette année grâce à la bande à Lida. On disait l'équipe sur le déclin, la voici remportant haut la main le championnat en septembre dernier face à la F.T. Manjakaray, en catégorie senior.

La victoire n’a rien d’historique en soi, à ceci près que les joueurs sont pratiquement tous issus du quartier. De plus, 95% d’entre eux sont en fait les descendants des glorieux rugbymen d’Ankadifotsy d’antan. Une affaire de famille donc.

Autre fait exceptionnel, l’attachement des joueurs au quartier. Les rugbymen, les jours de repos, œuvrent pour la société nuit et jour si bien que l’insécurité au sein du quartier n’est plus vraiment d’actualité.

 
Bienvenue à Cyber City
Quartier résidentiel, lieu de commerce, Ankadifotsy est aussi un petit village à la pointe de la technologie. En faisant un petit détour du côté de la rue docteur Rajaonah, surtout les mercredis après-midi et les week-ends, on rencontre facilement des jeunes filles et garçons faire la queue dans les cybercafés ! 
Des cybercafés, on en trouve quatre sur la même rue, regroupés dans un tronçon d’à peine cent mètres. La technologie de l’information et de la communication, et l’internet en particulier, attirent l'intérêt de la jeunesse locale, comme partout ailleurs.

La différence est qu’Ankadifotsy fut parmi les premiers quartiers à posséder des cybercafés. Ces lieux où on peut se connecter via internet librement et discrètement ! L’univers du copinage virtuel.

A la redécouverte de Majunga, ville de détente et de fête

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 13 août 2004

5b734daec1982af5e49df897fe527179.jpgPour ce deuxième volet, je vous emmêne à Majunga, la ville de mon enfance. J'y passe depuis petit, tous mes vacances d'été. Si bien que ne pas y aller dans l'année, c'est seulement impensable. J'ai même été baptisé dans la Cathédrale de Majunga (sur la photo), pour tout dire. Paisible et chaud à souhait, cette petite ville portuaire du Nord Ouest de la Grande île méritait bien un petit clin d'oeil. Ce fut chose faite un certain 13 août 2004 ...

 

« Moramora »
Aux abords de Majunga, le soleil disparu, le touriste débutant ne peut que s’émerveiller devant l’extraordinaire spectacle que les mille lumières de la ville lui offrent. Ciel dégagé, c’est encore mieux car les étoiles semblent s’être abandonnées sur les toitures des maisons. Dès lors, le décor est poignant, et l’on comprend mieux pourquoi tant d’engouement pour cette ville.
 
La tradition veut que les touristes qui en sont à leur première visite, doivent faire le tour du légendaire Baobab sept fois. Une tradition à laquelle les vacanciers venus pour s’amuser se plient volontiers. Le fait qui marque le plus l’esprit du visiteur, c’est l’allure à laquelle les Majungais vivent. C’est sûrement dans cette ville que l’expression « moramora » prend tout son sens.
 
La chaleur y étant certainement pour grand-chose, les « affaires » débutent tôt le matin vers sept heures trente, pour se terminer juste avant midi. La particularité de la ville des fleurs, c’est la sieste. Les habitants tournent carrément au ralenti à midi, et les magasins et entreprises ne rouvrent leur porte qu’à partir de quinze heures. 
 
Ville des fleurs, ville de culture 
Majunga n’est pas seulement la destination privilégiée des touristes, c’est aussi celle des artistes. Rien que la semaine passée, deux poids lourds de la musique locale se sont produits chacun en cabaret et en spectacle. Poopy d’abord, au sortir de son spectacle au Palais des sports, a pris la direction de la ville des fleurs.

Ainsi, le 6 août au soir, la salle d’œuvre de Don Bosco a fait salle comble pour une soirée cabaret exceptionnelle. Jeunes et moins jeunes ont répondu présents à cette belle fête où qualités culinaire et vocale étaient réunies le temps d’un soir. La fatigue prenant son effet, la star a toutefois eu du mal à exploiter sa voix au cours de son concert donné à la Maison de la culture, le lendemain.

Le groupe du moment, Ambondrona, n’a lui aussi rencontré aucun souci au « Le Boulé » vendredi soir. Ayant fait salle comble également, les organisateurs (Astamad) ont dû monter un écran géant de fortune sur la terrasse de l’établissement. Une idée qui n’a finalement pas attiré grand monde. Autant dire que l’organisation a fait une piètre prestation.

Ambondrona lui, était à la hauteur de sa réputation. Le joli monde réuni au sein du restaurant n’aurait sûrement pas manqué la prestation pour rien au monde. D’ailleurs, ceux qui n’ont pu avoir de tickets se sont donné rendez-vous, dimanche, au « Banja Toalaza », pour un grand concert.

Un tribunal en ruine
Le Tribunal de première instance de Majunga est dans un piteux état, et Dieu seul sait si un projet de rénovation est en cours. Toilettes usées, murs délabrés, tel est désormais le décor offert par le vétuste édifice. Un palais qui a l’air de tout, sauf d’un Palais de justice.

Il n’y a pas longtemps encore, pourtant, le Palais de justice à Anosy recevait un léger lifting. Le président de la République en personne, Marc Ravalomanana, était descendu sur les lieux pour donner ses appréciations. Ainsi, les carreaux ont été refaits illico presto.

Le 13 octobre 1964 était inauguré le Palais de justice à Anosy, cette année, elle a été assaini. Le palais est, en effet, censé refléter la bonne gouvernance et l’excellente santé de la justice malgache. Le gouvernement, si tel est son objectif, ne devrait pas se concentrer sur la capitale.

« Remede » contre le Sida

Territoire favori des touristes, et de plus à proximité d’un port d’envergure internationale, il va sans dire que Majunga est une ville à risques quant aux maladies sexuellement transmissibles. « L’étude Place » menée conjointement par l’USAID et le ministère de la Santé place d’ailleurs la ville des fleurs parmi le quatuor de tête des villes qui comptent le plus de porteurs du Sida.

Un fait qui a poussé le rassemblement des étudiants en médecine et ex (Remede) à agir et descendre sur place pour mener une campagne de sensibilisation. Ils ont ainsi sillonné les bars huppés de Majunga et les principales boîtes de nuits pour distribuer les quelque 1300 préservatifs .

Des consultations de masse à l’EPP Amborovy ont également été effectuées par des médecins généralistes et des pédiatres. 240 patients ont été soignés au cours des deux jours de consultation à Amborovy. Dans leur entreprise, le Remede a reçu l’aide de l’Actes, Association étudiante de coopération avec le tiers monde pour l’éducation et la santé.

Huit jeunes étudiants de Lyon ont, à cet effet, associé leurs efforts à ceux du Remede pour mener à bien la campagne de sensibilisation contre le Sida et la Bilharziose. L’Actes a, d’ailleurs, contribué financièrement et logistiquement au déplacement des étudiants et à la réalisation des consultations.

La mairie de Majunga, le ministère de la Santé, le GTZ, le SE-CNLS, la société Salama et Farmad comptent également parmi les grands acteurs de cette campagne de sensibilisation. Créé en 1993, Remede en est à son troisième essai. Majunga d’abord en 1999, Tuléar ensuite l’année passée et encore Majunga cette année, ont reçu l’aide de l’association, qui regroupe actuellement 80 membres.

Fano Lovatiana Randriamanantsoa, président du Remede, dresse un bilan satisfaisant du séjour à Majunga, du 2 au 8 août dernier. Le rassemblement prévoit pour le 28 de ce mois, le vernissage de l’infirmerie d’un orphelinat à Ambohibao. L’occasion pour eux de pratiquer des circoncisions gratuites.

De la Corniche au Cirque Rouge
En fin d’après-midi, il est de coutume de se promener le long du boulevard Poincaré et au Corniche. Les individus de tout âge y viennent pour flâner et profiter des magnifiques couchers de soleil entre amis ou en famille. Les amoureux ont aussi leur coin privilégié, le jardin d'amour, situé à la pointe du caïman. La promenade peut se prolonger jusqu'au "Port Schneider" dont la jetée est le vestige d'un projet de port.

Le village touristique « out » par les cyclones, il faut rouler sur près de 10 km pour arriver à la plage d’Amborovy. Plage où se côtoient village traditionnel de pêcheurs et bungalows de villégiature. Encore faut-il choisir la bonne plage, car Majunga offre deux superbes stations balnéaires. Le grand Pavois d’abord, hautement fréquenté, et la petite plage ensuite, beaucoup plus discrète.

A 2 km du grand Pavois, on se retrouve soudain entourés de petites collines de latérite où de larges ravines ont été creusées par l'érosion, le « Cirque Rouge ». Les différentes couches successives se distinguent par une gamme de teintes pastel, ocre et sanguine. Le silence du site n'est troublé que par le souffle du vent dans les feuillages des "Ravinala" (arbre du voyageur) dont la verdure tranche sur l'azur du ciel. Le site est très prisé par les campeurs, et les adeptes de sensations fortes.

La Filière Communication en Français aussi
Outre les touristes, les artistes et les opérateurs économiques, les étudiants aussi quittent la ville des mille pour celle des fleurs. C’est le cas notamment des collégiens de Saint-Antoine, et des étudiants des diverses Facultés de Tananarive. On y retrouve même des étudiants venus de Tuléar. La Filière Communication en Français n’était également pas en reste.

Partis en voyage d’études le 3 août, les 25 étudiants de la Filière sont revenus de Majunga indemnes mardi, avec beaucoup d’expériences de la vie communautaire dans les bagages. Au menu des apprentis « communicateurs », des enquêtes sociolinguistiques auprès de la population locale, et des enquêtes d’identification auprès des entreprises majungaises.

C’est ainsi qu’on a appris qu’environ 80% des personnes interrogées maîtrisent partiellement la langue française dans la ville des fleurs. Du moins, elles le parlent assez couramment. Soulignons toutefois que les chefs d’entreprises, les opérateurs économiques et les marchands en général, ont été pris pour cible au cours de ladite enquête.

Selon les résultats de l’enquête, 30% maîtrisent parfaitement la langue de Molière, 50 % le parlent et 20% ne font qu’écrire en français, car éprouvent de la difficulté à parler. De ce fait, Majunga figure parmi les villes qui utilisent le plus le français au quotidien. Quant aux étudiants de la Filière Communication en Français, à peine rentrés, les jeunes gens planchent désormais sur les examens.
 

 

Internet reste un marché bipolaire à Madagascar

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 31 mai 2006

Premier volet des écrits qui ont de manière progressive, forgé ma carrière de journaliste. Le choix de cet article n'est pas anodin, pour vous dire qu'Internet (et tout ce qui le concerne) m'intéresse au plus haut point.

 

A l’heure de la mondialisation, le secteur des télécommunications a connu un boom sans précédent depuis ces cinq dernières années. Longtemps considéré comme un outil de luxe, Internet a profité de l’occasion pour se démocratiser. Actuellement, Madagascar recense environ 15.000 abonnés Internet. La majorité de ces utilisateurs sont des entreprises qui ont recours à des connexions permanentes soit par VSAT, soit par BLR. Le marché d’Internet, car il y en a un, est aujourd’hui qualifié de bipolaire, car dominé par deux ISP que sont Data Telecom Service (DTS) et Blueline.
  
L’historique d’Internet à Madagascar remonte à l’année 1995, où une dizaine d’Internet Service Provider (ISP) ont été autorisés par l’Etat à opérer à Madagascar. Les ISP basaient alors leur système sur le réseau téléphonique commuté (RTC). Un système à bas débit, indépendant du réseau Telma. La vraie révolution dans le secteur remonte à 2001, lorsque l’Etat a lancé des licences d’opérateurs Internet.
 
Du système RTC, la plupart des providers sont passés à la technologie boucle locale radio (BLR). Bon nombre d’ISP y ont laissé leurs plumes, car des dix premiers recensés en 1995, seuls six (DTS, Blueline, Simicro, Orchid, Gasy Online et Basic) ont pu continuer l’aventure.
  
En juillet 2003, Distacom, associé à la Financière de l’Océan Indien (FOI), à Global Telecom et à Madagascar Telecom, achète 34,4% des actions de Telecom Malagasy (Telma). La firme rachète ensuite les 34,4% de part détenus par France Câble Radio, et devient actionnaire majoritaire de Telma à hauteur de 68%.
  
Un événement qui aura son lot de conséquence, car Telma est, ni plus ni moins, actionnaire à hauteur de 49% du capital de DTS. Les autres actionnaires étant France Câble Radio (49%) et Ocean Trade Co (2%). Ainsi, si les petits ISP louaient leur access auprès de Telma à 50 millions de Fmg mensuel auparavant, la location est passée à 15.000 euros depuis le mois d’août 2005.
  
Une hausse qui n’a pas manqué d’achever les petits ISP (qui sont d’ailleurs plus des revendeurs que des ISP) qui achètent leur accès auprès de Telma. Basic et Gasy Online ont donc mis la clé sous la porte, tout comme Orchid qui a revendu ses clients à DTS. Grosso modo donc, à l’heure qu’il est, DTS et Blueline (les seuls rescapés) se partagent le gros du marché, avec une part estimée à 65% pour DTS, et 35% pour Blueline.
  
Mais si ces deux ISP ont pu résister, c’est sans doute parce qu’ils sont les mieux fournis. Et pour cause. D’une part, DTS et Telma ont des actions et des capitaux communs. De plus, ils disposent des licences Data et Voix. Mieux encore, les projets Backbone national et international sont déployés et gérés par Telma. Autant dire, que le duo DTS-Telma a toutes les cartes en main !
  
D’autre part, Blueline fait partie d’un groupe qui intègre la société Gulfsat. Gulfsat Téléphonie a obtenu le 30 novembre 2005 sa licence en téléphonie par réseau VSAT pour la desserte de 11 localités enclavées. Mais attention, car DTS possède également une licence VSAT.
 
Succinctement donc, Telma fournit DTS pour ses accès Internet, et Gulfsat fournit Blueline. Mais le mastodonte du secteur reste bien sûr DTS qui a toutes les cartes. Blueline est son outsider. Simicro ne peut être un concurrent sérieux, dans la mesure où il n’est qu’un simple revendeur de services Internet. Aujourd’hui, la situation du marché d’Internet est toute simple, elle est ni plus ni moins, bipolaire.
 
Il est, par ailleurs, intéressant de noter que Telma a lancé il y a un an et demi, la technologie ADSL. Une technologie intéressante mais qui a ses limites, dans la mesure où elle se base sur les lignes existantes (donc celles de Telma), qui sont loin d’être en très bon état. Et lorsqu’on sait que l’ADSL a 95% de réussite sur un réseau flambant neuf ! D’où l’intérêt du backbone national.