« Mahajanga tire la sonnette d'alarme | Page d'accueil | Les derniers des Mohicans »
16.04.2008
Ce que l’histoire ne dit pas
Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Ca y est. Depuis lundi, la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire internationale (FMI) ou encore l’organisation des Nation unies (Onu) ont tiré la sonnette d’alarme. La crise alimentaire qui secoue aujourd’hui 37 pays de la planète est désormais reconnue comme étant une priorité mondiale.
Au centre des émeutes qui se sont éveillées ici et là, la cherté de la vie, et des produits alimentaires en particulier. Selon une étude, le prix du riz se serait envolé de 75% en deux mois et celui du blé a grimpé de 120% au cours de l'année écoulée. Le problème serait d'autant plus aigu que la part du revenu consacrée à l'alimentation atteint jusqu'à 75% dans les pays pauvres, contre 10 à 20% dans les pays riches.
Contrairement à Haïti, où les émeutes ont causé la perte de vies humaines, contrairement aux mouvements de protestation qui ont éclaté en Egypte, au Niger, au Burkina Faso, en Indonésie ou aux Philippines, la Grande île est restée, et reste « sage ». Dieu sait pourtant combien le pouvoir d’achat est devenu faible au pays depuis quelques années.
A contrario des mouvements internationaux, le prix du riz est à la baisse à Madagascar. Il n’empêche que d’autres produits dits de première nécessité (PPN) subissent quelques hausses, surfant sur la vague de la hausse des prix du carburant. L’huile alimentaire, les pommes de terre, ou autres légumes sont aujourd’hui majorés de quelques ariary de plus.
Pas de quoi mitonner un plat certes. Il n’en demeure pas moins que cela fait désormais plusieurs années que les foyers malgaches subissent les incessantes hausses de prix des produits de première nécessité. Des hausses parfois incontrôlées. Jamais pourtant - depuis l’issue de la crise politique et économique de 2002 en tout cas – la majorité des Malgaches ne sont descendus dans les rues pour manifester leur mécontentement.
Pour beaucoup en effet, la « leçon de 2002 », et la crise économique qui en a découlé, n’est surtout pas à rééditer. L’opposition en sait quelque chose. Par deux fois, en essayant de réunir la population sur la place du 13 mai, elle s’est heurtée à la désillusion. Faharo d’abord, s’est vu repoussé non pas par les forces de l’ordre, mais par une foule en furie, lasse des rassemblements populaires. Henri Lecacheur ensuite, a fait connaissance avec le désintéressement.
L’histoire a parlé. Les incitations à la révolte, les mouvements populaires à connotation largement politique, la population en a assez. Pour la majorité des citoyens de la Grande île, la crise de 2002 est une leçon à ne surtout pas refaire. Le pouvoir n’en est-il d’ailleurs pas conscient ? En revanche, ce que l’histoire ne dit pas, c’est jusqu’où peut aller la population pour protester contre la cherté de la vie.
17:15 Publié dans Les Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note































Ecrire un commentaire