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04.04.2008
Boucler la boucle
Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Non, ce n’est pas le début de la fin. Plutôt, à deux choses près, la bataille finale. Une bataille entamée fin 2006, lors des élections présidentielles. En briguant un second mandat à la tête de la magistrature suprême, Marc Ravalomanana voyait déjà loin. Une vision à long terme qui, soit dit en passant, est détaillée sous toutes ses coutures dans les pages du fameux plan d’action pour Madagascar. Le Madagascar action plan (Map) dans la langue de Shakespeare, une langue chère à l’administration actuelle.
La vision silencieuse, celle qui ne se dit pas tout haut, est l’ambition d’une stabilité sans égale sur l’échiquier politique de la Grande île. Une ambition non utopique, dont la réalisation devait passer par une majorité pratiquement absolue dans toutes les institutions de l’actuelle administration. Mission accomplie ? Non, du moins, pas encore. Quoique. Il reste désormais un dernier défi pour le parti présidentiel, le Tiako i Madagascar (Tim), être majoritaire au sein du Sénat. Il y est presque.
Dès le début de la bataille, l’affaire semblait d’ailleurs déjà pesée. Sans adversaire de poids - sans vouloir abuser de jeu de mot inutile, que personne ne s’offusque donc – Marc Ravalomanana a remporté haut la main la présidentielle de 2006, dès le premier tour. De cette élection, l’on ne peut oublier la pathétique débâcle des grands noms de l’opposition, ignorée par le pouvoir, chuchotée par les intellectuels, et moquée par une grande partie de la population. Il n’en demeure pas moins qu’un ancien de la maison, Lahiniriko Jean, avait failli créer la sensation en se hissant à la seconde place.
Une fois le fauteuil présidentiel acquis, la machine électorale s’est de suite mise en route, à la manière d’un train à grande vitesse, sans jeu de mot grossier bien sûr. A l’horizon, rien ni personne ne peut freiner le train en marche. Le référendum, d’abord, fut la première victoire post électorale de l’administration Ravalomanana. Le Tiako i Madagasikara s’est ensuite emparé de l’Assemblée nationale, sans oublier que les maires et les conseillers régionaux sont à majorité Tim. Sans parler bien sûr des ministres du gouvernement, lesquels font même partie des grands manitous du Tiako i Madagasikara.
Avec toutes ces institutions en poche, il ne reste plus désormais au parti présidentiel que d’investir le Sénat. Parti comme c’est, l’élection du 20 avril ne sera qu’une formalité de plus. Si Marc Ravalomanana désignera 11 sénateurs, 22 autres seront élus par les grands électeurs. Toutefois, sur les 1693 électeurs, 1137 soit 67% d’entre eux sont étiquetés Tiako i Madagasikara. Autant dire qu’avant même les élections, le Tim part déjà avec une avance plus que confortable pour s’attribuer la majorité au Sénat. Et sans doute que la campagne électorale qui débute ce jour, n’y changera rien.
Ainsi, à l’issue du scrutin du 20 avril, le Tiako i Madagasikara sera seul maître à bord. Et ce ne sera certainement pas volé, tant la concurrence a parfois rivalisé de ridicule. Lorsque l’opposition connaît des difficultés hilarantes à accorder leurs cordes, forcément … Si Benjamin Disraeli se plaisait à dire : « nul gouvernement ne peut être longtemps solide sans une redoutable opposition », le Tim se contentera certainement de glisser après le 20 avril qu’il aura : « boucler la boucle ! ».
23:15 Publié dans Les Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note































Commentaires
Contrairement au début de votre phrase, et en parfait accord avec la citation de Disraeli, je suis pourtant sure que c'est le début de la fin. Car, effectivement, "nul gouvernement ne peut être longtemps solide sans une redoutable opposition".
Comme vous le dites "lorsque l'opposition connaît des difficultés hilarantes à accorder leurs cordes, forcément ...", j'ajouterai que "oui, forcément, le parti au pouvoir aura l'impression d'être très fort".
Si je suis plus ou moins d'accord avec vous quand vous vous moquez "gentiment", ou même méchamment de l'opposition, je ne suivrai pourtant pas, mais pas du tout votre analyse sur le parti présidentiel. Je dirai même que votre analyse de la politique malgache est un peu trop superficielle.
"La vision silencieuse, celle qui ne se dit pas tout haut, est l’ambition d’une stabilité sans égale sur l’échiquier politique de la Grande île. Une ambition non utopique, dont la réalisation devait passer par une majorité pratiquement absolue dans toutes les institutions de l’actuelle administration", écriviez-vous. Je voudrais juste vous rappeler que la stabilité actuelle ressemble étrangement à celle qu'il y a eue en 1972, en 1989 et en 2001. Rappelez-vous, Tsiranana venait d'être élu à 95% en janvier 1972. Didier Ratsiraka venait de se faire réélire pour "fito taona indray" en 1989 et l'Arema était confortablement installé à l'ANP. En 2001, l'Assemblée nationale était à majorité Arema, les conseillers provinciaux étaient presque tous du parti présidentiel, d'où l'élection des gouverneurs entièrement acquis à la cause de Deba. Je ne parlerai pas de la composition du Sénat, à majorité pro-Ratsiraka, dans la mesure où la plupart des maires étaient aussi Arema. Celui de la capitale n'en était évidemment pas.
Si elle était uniquement basée sur l'histoire et le passé, mon analyse paraîtrait simpliste, mais quand je lis dans les journaux, dont le vôtre, que de l'intérieur, le Tim est en proie à des guéguerres fratricides, je ne donnerai pas longue vie à ce pouvoir.
Oui, l'opposition est risible, et le pouvoir n'a rien à en redouter. Mais sa force n'est qu'apparente, d'autant qu'il a tendance à abuser de son autorité.
Et puis, juste pour vous signaler,vous le disiez vous-même dans un de vos précédents éditos, que le taux d'abstention, s'il n'a aucune incidence sur les résultats, il signifie beaucoup. C'est un message dont le président semble pourtant se ficher ... Je ne disserterai pas non plus sur les fraudes et autres abus que le pouvoir n'a même plus honte de cacher.
Ecrit par : Fanja Hanitra | 08.04.2008
Merci à Fanja Hanitra pour ce point de vue explicite. Vous n'y aller pas par quatre chemins, c'est bien rare de nos jours. Merci, et j'espère sincèrement vous relire très vite.
Ecrit par : Renaud | 08.04.2008
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