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08.02.2008

Le cimetière des éléphants

Par Renaud Rianasoa Raharijaona

L’écrivain Henri Monfreid et le chanteur Eddy Mitchell l’ont popularisé : la dernière demeure des éléphants sentant la mort approcher serait le cimetière des éléphants. Mythe ou réalité, seuls les pachydermes peuvent révéler le secret, bien gardé dans leur tour d’ivoire … Sans jeu de mot aucune, ce même chemin, les éléphants de la Côte d’Ivoire semblent l’avoir emprunté jeudi soir à l’occasion des demies finales de la Coupe d’Afrique des Nations 2008.

Impuissants, énervés, humiliés par des Pharaons d’Egypte au profil plutôt flatteurs et convaincants, les coéquipiers de Didier Drogba ont définitivement cédés en deuxième mi-temps, presque consentent. Sans doute qu’après le deuxième but personnel de Zaky, les Eléphants avaient déjà décidé de rejoindre un endroit où reposer en … paix, à l’abri des critiques.

Cette génération exceptionnelle là d’Eléphants, que beaucoup voyaient vainqueurs, aura perdu un énorme pari, confirmé tout le bien que l’on pensait d’eux. En Mars 2007, de passage dans la Grande île pour le compte des éliminatoires de la CAN 2008, le président de la fédération ivoirienne de football, Jacques Anouma glissait : « on a été vice champion 2006. La moindre des choses est de, soit être à nouveau vice champion, soit gagner la CAN. C’est un objectif ».

L’éclosion de la bande à Drogba en 2006 aura pourtant apporté beaucoup plus que des victoires, à défaut de titre, beaucoup plus. L’on parle bien sûr de la fierté nationale. Dans un pays en proie à une guerre sanglante, et à une économie désastreuse. Là où les diplomates internationaux ont échoués, là où les politiques ont butés, là où plus personne ne voyait une once d’espoir, le football a réussi.

Réussi, oui. Fier de son équipe, les ivoiriens du nord au sud ont déposé les armes à chaque match des Eléphants depuis la belle épopée 2006. Et pour la bande à Drogba, l’objectif est aujourd’hui tout autre : l’unité nationale. Un état d’esprit que bon nombre de pays africain - à l’instar de la Grande île – gagnerait à adopter. Inutile d’être idiot ou niais pour desceller les vertus fédératrices du football, en particulier, et du sport, en général.

Sans doute même que ces fameux vertus sont enviés par les éminences politiciennes. Il suffit qu’une équipe nationale soit sur les feux de la rampe pour que l’engouement nationaliste se forme. C’était le cas lors des Jeux des îles de l’Océan indien l’année dernière, c’est le cas à chaque sortie des Barea de Madagascar à Mahamasina. C’est nullement le cas en revanche pour les diverses campagnes électorales, où il a fallu aux candidats sortir la carte « charme » pour ameuter la foule. T-Shirt gratuit, spectacle gratuit, tous les moyens étaient bon.

Au Sénégal, en son temps, le président Abdoulaye Wade s’est personnellement investi dans le football, l’on connaît tous le résultat, une formidable épopée au mondial 2002. Même rengaine en Côte d’Ivoire, fou du ballon rond, le président ivoirien a demandé à son gouvernement de veiller aux Eléphants, même résultat, une superbe épopée au mondial 20066. Difficile du coup d’espérer une éclosion du football malgache, dans un pays où le sport se trouve être l’éternel oublié des débats politiciens et des projets de développement gouvernementaux. Normal si les Barea et le sport malgache aient élu domicile dans le cimetière des éléphants …
 

Commentaires

Hello Renaud
Toujours aussi passionnant a lire. Juste une petite mise au point : Impression du bout du monde n'est pas mon blog. Je ne suis pas elle et elle n'est pas moi.
Je vais m'y mettre au blog. Et j'espère que tu seras aussi dithyrambique avec moi qu'avec elle (en tout bien tout honneur). C'est que j'ai un peu perdu la main ....
La mise au point est nécessaire parce qu'elle ne veut absolument pas se faire passer pour moi. Et pourtant il n'ya que des avantages, je t'assure ! ;-) A bientôt sur la toile

Ecrit par : Rondro | 28.02.2008

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