02.09.2007

Les mille et un visages du campus de la colline du savoir

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 19 avril 2005

Détour cette fois dans mes années fac! Et oui, c'est bien sur les bancs de l'Université d'Antananarivo que j'ai fourbis mes armes. Hommage doc à cette institution, dont j'ai entrevue les mille et une visage.

 

L'université d'Antananarivo est certainement l'une des plus grandes de l'océan Indien (si ce n'est la plus grande). Située sur le plus haut sommet d'une des collines de la ville des mille, la cité d'Ambohitsaina se retrouve au beau milieu d'une agglomération de deux millions d'habitants. Fidèle à sa devise : «insensé celui qui ne fait pas mieux que son père», l'université a pris place dans le concert des universités du monde entier.
 
Avant d'arriver à ce stade, le chemin a été long. Le 11 décembre 1896, l'école de Médecine a vu le jour. Au cours de la période coloniale, des cours de licence et de capacité en droit relevant de la faculté de Droit d'Aix-Marseille se sont organisés à Ambohitsaina. L'ouverture de l'institut des hautes études et de l'école supérieure des Lettres s'en suivirent ensuite.
 
L'avènement de l'indépendance voit la fusion des établissements d'enseignement supérieur pour former l'université de Madagascar appelée : «fondation de l'enseignement supérieur Charles de Gaulle». En 1977, les six centres universitaires régionaux (CUR) voient le jour, et deviennent finalement des universités autonomes en 1988. L'appellation université de Madagascar cède alors la place à «Université d'Antananarivo».
 
A l'heure actuelle, beaucoup reste à faire pour consolider la place de l'université d'Antananarivo dans la région sud ouest de l'océan Indien, au sein du continent africain et dans le concert des nations. Les sept facultés et établissements du campus sont en tout cas prête à relever un défi commun : «chercher l'excellence et le label de la qualité».
 

Tradition sportive de longue date

Jeunesse rime souvent avec sport, et ce ne sont pas les «villageois» d'Ambohitsaina qui le contrediront. Si les étudiants inscrits au campus sont tenus à exercer au moins une discipline pour le compte d'une année universitaire, nombreux sont les étrangers qui se rendent à Ankatso (le week-end) pour bénéficier des installations sportives de l'université.

Les sportifs du dimanche sont nombreux, et la pétanque est de loin la plus prisée de tous. Bon nombre de ces anonymes de la boule pourraient d'ailleurs constituer, plus tard, la future équipe nationale championne du monde de pétanque ! Des champions, le centre de formation de tennis en a fabriqué en nombre non limité.
 
D'autre part, le gymnase couvert d'Ankatso, bien que vétuste, continue d'abriter les plus grandes rencontres sportives de la capitale. Les différentes saisons de sport U, elles aussi, se perpétuent et permettent aux étudiants de tous bords de se rencontrer en toute ... sportivité.
 

Le vif du jaune allié à l'espoir du vertf1d70b6af35416b9ac46338f76915207.jpg
La jeunesse, la lumière et la joie de vivre : c'est ce que l'on associe à la couleur jaune dans le langage des fleurs. Et l'allée ornée d'un de ces arbustes au feuillage d'un vert printanier et aux fleurs jaunes (sur la photo), située en contrebas de la «buvette des lettres» et menant au QG des scientifiques, ne se rate pas car de circonstance.
 
Saisissante, cette magie des couleurs est à l'image de l'état d'esprit des locataires d'Ambohitsaina. De jeunes fougueux et ardents, en quête de savoir et de réussite, qui veulent prendre leur revanche sur leurs aînés.
 
Farouches défenseurs de l'enseignement public, ces jeunes ne manquent pas une occasion de se mesurer aux sortants des instituts privés, soi-disant mieux prédestinés au marché du travail. Une idée qui reste à prouver ou à ranger dans les vestiaires.
 

Tout atout ... contré !
A l'université d'Ambohitsaina, tout s'apprend et se réapprend. Avec ou sans atout, la belote n'en finit pas de faire des adeptes. Les étudiants font, en général, leurs armes au collège apprenant - mieux que leurs leçons - les combinaisons des cœurs, des piques, des carreaux et des trèfles. Au plus fort de leur passion pour le jeu, ils débarquent donc à Ankatso avec l'âme d'un conquérant. Objectif, détrôner les anciens.
 
Les sommes mises en jeu sont parfois astronomiques. Certains dépensent, sans le moindre état d'âme, l'équivalent de 50.000 Ar en une journée. Une manne pour l'équipe adverse bien sûr, mais qu'en est-il des perdants ? Bien sûr, dans la plupart des cas, ce sont les - malheureux - parents qui payent les pots cassés. Comme toujours. Encore heureux que les étudiants sont boursiers !
 

Des poissons parmi les locataires d'Ambohitsaina

Contraste voulu ou ironie du sort ? Un aquarium est niché insolemment en plein cœur d'Ambohitsaina. En contrebas de l'esplanade, celui-ci détonne avec le décor géométrique et formaliste de l'Université.

Ainsi, un vulgaire espace rectangulaire fut aménagé en aquarium, devenu le sanctuaire d'une trentaine de poissons tombés d'on ne sait où mais qui semblent trouver leur bonheur dans ces eaux saumâtres d'une trentaine de centimètres de profondeur.
 
Et par quelque hasard, il se trouve que personne n'a jamais cherché à s'en débarrasser quoique l'idée n'en sera pas difficile à réaliser. Le spectacle semble au contraire réjouir les locataires d'Ambohitsaina. L'on se demande néanmoins qui a eu cette idée qui finalement n'est pas aussi folle que ça.
 

Des rochers en voie «d'extinction»
Entre huit et douze, des explosions de dynamites retentissent souvent, accablant le ciel d'Ambohitsaina de sons autant désagréables qu'insupportables. En suivant les traces sonores, on parvient dans une zone «oubliée», en bas de l'école supérieure des sciences agronomiques. Les coupables de ces explosions ? Des étudiants chercheurs s'acharnant sur des rochers, essayant d'en extirper les tripes afin d'en percer le secret. Les résultats sont peut-être concluants ou pas, mais les rochers sont, eux, en voie de disparition ...
 

Cupidon n'est jamais loin
Les anciens de l'université d'Ambohitsaina en sont conscients, on a 80% de chance de trouver sa moitié dans les travées des facultés. Les années facs sont en fait les années des expériences. Il y a ceux qui s'essayent à la drogue, ceux qui se perdent consciemment dans l'alcool et bien sûr ceux qui multiplient les flirts. Et puis arrive un beau jour où l'être aimé se trouve être celui qui est à nos côtés. Oublié les petites sorties intimistes sous les bois d'Ambohitsaina, les virées extrascolaires, place désormais au sérieux : l'amour avec un grand A. Avec l'aide d'un Cupidon omniprésent, plus d'un couple se sont formés sur les hauteurs d'Ambohitsaina, et tous se souviendront à jamais de «ces années facs» !
 

La plus grande concentration de taxis-be de la capitale

Vêtus de blanc, de gris et de bleu, les minibus n'en finissent pas d'aller et venir entre l'axe Ambohitsaina- Antanimena, Ambohitsaina-Tsimbazaza, et Ambohitsaina-67ha. L'arrêt des taxis-be est devenu un centre névralgique du campus, dans ce sens où de lui dépend le transport quotidien de plus de 19.000 personnes. En heures creuses, on recense une quarantaine de véhicules parqués aux abords de l'aire de stationnement. Blasés par l'habitude, les étudiants empruntent les taxis-be sans jeter un seul coup d'œil aux quelques -spécimens - taxis attendant un bon samaritain de client. Le ciel n'est toujours, cependant, pas bleu. La population universitaire s'en rappelle souvent à ses dépens lorsque des grévistes farfelus refusent l'accès aux taxis-be. Seule solution dans ces conditions, emprunter la ligne 11.

 

Qui l'aime s'y trempe !
Qui disait que les étudiants d'Ambohitsaina ne se mouillaient pas assez dans leurs études ? Sûrement pas une personne qui a vécu au moins une année universitaire. Quoi qu'il en soit, à défaut de se mouiller dans les études, ils se trempent volontiers dans l'unique lac de la faculté. Situé en bas de l'école supérieure des sciences agronomiques, le lac fait office de plage. On s'y baigne, on y lave son linge, mais on y pêche aussi.
 

La parole à une étudiante : «N'a jamais vécu celui qui n'a pas eu ses années fac»

Le baccalauréat en poche, je me sentais libérée d'un coup d'un énorme poids. Et j'ai goûté à l'Université à mes premiers instants de liberté : celle d'apprendre et de vivre à mon propre rythme.
 
J'étais propulsée dans un monde bizarre (d'adultes !). Le fait de me voir allouer régulièrement une «bourse d'études» m'avait toujours surprise. D'ailleurs, à chaque fois, je ne savais pas trop quoi en faire.
 
Et chose curieuse, les profs ne se donnaient pas la peine de nous connaître, tellement nous étions nombreux à remplir une cathédrale. Avec ou sans moi, les cours se faisaient, l'assiduité procédait, nous avait-on râbaché, de l'autodiscipline.
 
Tout était prétexte à sécher les cours. Pour les cours que j'avais ratés, je ne me gênais pas à réunir et photocopier le cahier de trois à quatre de mes amis de manière à avoir le maximum de notes possible.
 
En revanche, il fallait absolument me consacrer pendant la quinzaine qui précédait les jours d'examen à réviser. Ma fameuse ligne droite. Les jours ne suffisaient pas. J'en ai passé des nuits à veiller, pieds nus dans une cuvette d'eau froide, pour me tenir éveillée. Recette de grand-mère.
 
Et puis vinrent les jours d'examen. L'estomac qui se nouait, l'adrénaline qui montait, une boule au ventre, le stress était à son comble à l'entrée de la salle d'examen, le silence de cathédrale se mêlant en plus au froid d'hiver.

Commentaires

Merci pour ce joli récit sur les années fac. Ca nous permet de nous souvenir de ces années folles. Bonne continuation.

Ecrit par : Fidy | 03.09.2007

Salut, je trouve ton site très bien écrit. Je viens de la Réunion pour faire ma 5eme année à Tana, peut on loger facilement dans le coin de l'université ?

Ecrit par : nil | 01.09.2008

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