02.09.2007

A la redécouverte de Majunga, ville de détente et de fête

Par Renaud Rianasoa Raharijaona
Paru dans Les Nouvelles le 13 août 2004

5b734daec1982af5e49df897fe527179.jpgPour ce deuxième volet, je vous emmêne à Majunga, la ville de mon enfance. J'y passe depuis petit, tous mes vacances d'été. Si bien que ne pas y aller dans l'année, c'est seulement impensable. J'ai même été baptisé dans la Cathédrale de Majunga (sur la photo), pour tout dire. Paisible et chaud à souhait, cette petite ville portuaire du Nord Ouest de la Grande île méritait bien un petit clin d'oeil. Ce fut chose faite un certain 13 août 2004 ...

 

« Moramora »
Aux abords de Majunga, le soleil disparu, le touriste débutant ne peut que s’émerveiller devant l’extraordinaire spectacle que les mille lumières de la ville lui offrent. Ciel dégagé, c’est encore mieux car les étoiles semblent s’être abandonnées sur les toitures des maisons. Dès lors, le décor est poignant, et l’on comprend mieux pourquoi tant d’engouement pour cette ville.
 
La tradition veut que les touristes qui en sont à leur première visite, doivent faire le tour du légendaire Baobab sept fois. Une tradition à laquelle les vacanciers venus pour s’amuser se plient volontiers. Le fait qui marque le plus l’esprit du visiteur, c’est l’allure à laquelle les Majungais vivent. C’est sûrement dans cette ville que l’expression « moramora » prend tout son sens.
 
La chaleur y étant certainement pour grand-chose, les « affaires » débutent tôt le matin vers sept heures trente, pour se terminer juste avant midi. La particularité de la ville des fleurs, c’est la sieste. Les habitants tournent carrément au ralenti à midi, et les magasins et entreprises ne rouvrent leur porte qu’à partir de quinze heures. 
 
Ville des fleurs, ville de culture 
Majunga n’est pas seulement la destination privilégiée des touristes, c’est aussi celle des artistes. Rien que la semaine passée, deux poids lourds de la musique locale se sont produits chacun en cabaret et en spectacle. Poopy d’abord, au sortir de son spectacle au Palais des sports, a pris la direction de la ville des fleurs.

Ainsi, le 6 août au soir, la salle d’œuvre de Don Bosco a fait salle comble pour une soirée cabaret exceptionnelle. Jeunes et moins jeunes ont répondu présents à cette belle fête où qualités culinaire et vocale étaient réunies le temps d’un soir. La fatigue prenant son effet, la star a toutefois eu du mal à exploiter sa voix au cours de son concert donné à la Maison de la culture, le lendemain.

Le groupe du moment, Ambondrona, n’a lui aussi rencontré aucun souci au « Le Boulé » vendredi soir. Ayant fait salle comble également, les organisateurs (Astamad) ont dû monter un écran géant de fortune sur la terrasse de l’établissement. Une idée qui n’a finalement pas attiré grand monde. Autant dire que l’organisation a fait une piètre prestation.

Ambondrona lui, était à la hauteur de sa réputation. Le joli monde réuni au sein du restaurant n’aurait sûrement pas manqué la prestation pour rien au monde. D’ailleurs, ceux qui n’ont pu avoir de tickets se sont donné rendez-vous, dimanche, au « Banja Toalaza », pour un grand concert.

Un tribunal en ruine
Le Tribunal de première instance de Majunga est dans un piteux état, et Dieu seul sait si un projet de rénovation est en cours. Toilettes usées, murs délabrés, tel est désormais le décor offert par le vétuste édifice. Un palais qui a l’air de tout, sauf d’un Palais de justice.

Il n’y a pas longtemps encore, pourtant, le Palais de justice à Anosy recevait un léger lifting. Le président de la République en personne, Marc Ravalomanana, était descendu sur les lieux pour donner ses appréciations. Ainsi, les carreaux ont été refaits illico presto.

Le 13 octobre 1964 était inauguré le Palais de justice à Anosy, cette année, elle a été assaini. Le palais est, en effet, censé refléter la bonne gouvernance et l’excellente santé de la justice malgache. Le gouvernement, si tel est son objectif, ne devrait pas se concentrer sur la capitale.

« Remede » contre le Sida

Territoire favori des touristes, et de plus à proximité d’un port d’envergure internationale, il va sans dire que Majunga est une ville à risques quant aux maladies sexuellement transmissibles. « L’étude Place » menée conjointement par l’USAID et le ministère de la Santé place d’ailleurs la ville des fleurs parmi le quatuor de tête des villes qui comptent le plus de porteurs du Sida.

Un fait qui a poussé le rassemblement des étudiants en médecine et ex (Remede) à agir et descendre sur place pour mener une campagne de sensibilisation. Ils ont ainsi sillonné les bars huppés de Majunga et les principales boîtes de nuits pour distribuer les quelque 1300 préservatifs .

Des consultations de masse à l’EPP Amborovy ont également été effectuées par des médecins généralistes et des pédiatres. 240 patients ont été soignés au cours des deux jours de consultation à Amborovy. Dans leur entreprise, le Remede a reçu l’aide de l’Actes, Association étudiante de coopération avec le tiers monde pour l’éducation et la santé.

Huit jeunes étudiants de Lyon ont, à cet effet, associé leurs efforts à ceux du Remede pour mener à bien la campagne de sensibilisation contre le Sida et la Bilharziose. L’Actes a, d’ailleurs, contribué financièrement et logistiquement au déplacement des étudiants et à la réalisation des consultations.

La mairie de Majunga, le ministère de la Santé, le GTZ, le SE-CNLS, la société Salama et Farmad comptent également parmi les grands acteurs de cette campagne de sensibilisation. Créé en 1993, Remede en est à son troisième essai. Majunga d’abord en 1999, Tuléar ensuite l’année passée et encore Majunga cette année, ont reçu l’aide de l’association, qui regroupe actuellement 80 membres.

Fano Lovatiana Randriamanantsoa, président du Remede, dresse un bilan satisfaisant du séjour à Majunga, du 2 au 8 août dernier. Le rassemblement prévoit pour le 28 de ce mois, le vernissage de l’infirmerie d’un orphelinat à Ambohibao. L’occasion pour eux de pratiquer des circoncisions gratuites.

De la Corniche au Cirque Rouge
En fin d’après-midi, il est de coutume de se promener le long du boulevard Poincaré et au Corniche. Les individus de tout âge y viennent pour flâner et profiter des magnifiques couchers de soleil entre amis ou en famille. Les amoureux ont aussi leur coin privilégié, le jardin d'amour, situé à la pointe du caïman. La promenade peut se prolonger jusqu'au "Port Schneider" dont la jetée est le vestige d'un projet de port.

Le village touristique « out » par les cyclones, il faut rouler sur près de 10 km pour arriver à la plage d’Amborovy. Plage où se côtoient village traditionnel de pêcheurs et bungalows de villégiature. Encore faut-il choisir la bonne plage, car Majunga offre deux superbes stations balnéaires. Le grand Pavois d’abord, hautement fréquenté, et la petite plage ensuite, beaucoup plus discrète.

A 2 km du grand Pavois, on se retrouve soudain entourés de petites collines de latérite où de larges ravines ont été creusées par l'érosion, le « Cirque Rouge ». Les différentes couches successives se distinguent par une gamme de teintes pastel, ocre et sanguine. Le silence du site n'est troublé que par le souffle du vent dans les feuillages des "Ravinala" (arbre du voyageur) dont la verdure tranche sur l'azur du ciel. Le site est très prisé par les campeurs, et les adeptes de sensations fortes.

La Filière Communication en Français aussi
Outre les touristes, les artistes et les opérateurs économiques, les étudiants aussi quittent la ville des mille pour celle des fleurs. C’est le cas notamment des collégiens de Saint-Antoine, et des étudiants des diverses Facultés de Tananarive. On y retrouve même des étudiants venus de Tuléar. La Filière Communication en Français n’était également pas en reste.

Partis en voyage d’études le 3 août, les 25 étudiants de la Filière sont revenus de Majunga indemnes mardi, avec beaucoup d’expériences de la vie communautaire dans les bagages. Au menu des apprentis « communicateurs », des enquêtes sociolinguistiques auprès de la population locale, et des enquêtes d’identification auprès des entreprises majungaises.

C’est ainsi qu’on a appris qu’environ 80% des personnes interrogées maîtrisent partiellement la langue française dans la ville des fleurs. Du moins, elles le parlent assez couramment. Soulignons toutefois que les chefs d’entreprises, les opérateurs économiques et les marchands en général, ont été pris pour cible au cours de ladite enquête.

Selon les résultats de l’enquête, 30% maîtrisent parfaitement la langue de Molière, 50 % le parlent et 20% ne font qu’écrire en français, car éprouvent de la difficulté à parler. De ce fait, Majunga figure parmi les villes qui utilisent le plus le français au quotidien. Quant aux étudiants de la Filière Communication en Français, à peine rentrés, les jeunes gens planchent désormais sur les examens.
 

 

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